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12/02/2015

Écrivains contemporains de langue française : Michel Déon (XIII)

Pour moi, il y a trois Michel Déon écrivain : l’auteur primé et célèbre des Poneys sauvages, du Taxi mauve et du Jeune homme vert ; l’auteur prolifique de romans ou de journaux de voyage (Je vous écris d’Italie, Je ne veux jamais l’oublier…) ; le jeune « Hussard » qui habitait dans les îles grecques et qui a raconté cette période de sa vie dans Le rendez-vous de Patmos et le Balcon de Spetsaï.

 

Michel Déon.jpgMalheureusement pour moi et pour lui, je l’ai lu dans l’autre sens : j’ai été emballé par ses nouvelles de la mer Égée, après m’être passionné pour la Grèce, son ciel bleu, ses témoignages architecturaux des débuts de la démocratie, la musique de Mikis Théodorakis et les « Songs from a room » de Leonard Cohen, ses maisons blanches et son régime crétois.

 

Beaucoup plus tard, j’ai repris le filon « Déon »… et je suis tombé de haut avec ses bavardages de dilettante et les intrigues improbables de sa deuxième manière. Malgré son titre prometteur, « Je ne veux jamais l’oublier » (1950), qui raconte le grand amour d’un dandy parisien à Venise, Florence et Paris, est superficiel, artificiel, sans profondeur. « Un souvenir » (1990), malgré un argument attirant (retrouver son premier amour en Angleterre, au moment des bilans) est lui aussi écrit dans un style relâché. L’idée du dialogue avec l’adolescent qu’était alors le narrateur n’est pas bonne ; le téléfilm (avec Daniel Prévost), émouvant, a fait bien mieux, ce qui est tout de même très rare pour un film ; il a d’ailleurs changé la fin. Pourquoi ?

Et si c’est pour nous refaire le coup de « À nous les petites Anglaises », autant aller voir du côté d’Alain Fleisher et de son « Amant en culottes courtes », débridé et vraiment érotique.

 

J’ai lu, je crois, « Je vous écris d’Italie » mais n’en ai pas gardé trace…

 

Comme quoi la vaccination, ça ne marche pas : je repique (…) dans le Déon de « Tout l’amour du monde » (1955) quelques années plus tard. Bis repetita : dandysme, cosmopolitisme, superficialité, avec beaucoup de culture autour. Il se place en disciple de Paul Morand qui, soit dit en passant, a frôlé la collaboration. On lit néanmoins quelques belles pages, et surtout les deux derniers chapitres sur Bellagio et sur la Grèce, lyriques et prémonitoires. La fin, très belle, donne envie de garder le livre, tout de même…

Enfin, dernier Déon en date dans mon parcours de lecture, « La montée du soir » (1987). Là, il essaie de mettre du style mais c’est raté… c’est plat et sans souffle, malgré quelques touches qui se veulent poétiques.Le scénario lui-même est peu crédible : une femme distante mais consentante, qui n’est pas sûre d’aimer les hommes, une maîtresse qui part sans crier gare avec le mari d’une amie considéré comme nul, des allers et retours pour retrouver sa canne de marche tombée dans un ravin… Ça doit globalement être pensé comme une métaphore de la vieillesse (« quand tout nous abandonne… ») mais dans le genre, Léo Ferré a fait mille fois mieux (« Avec le temps »).

 

Reste ses livres qui ont reçu des prix, ceux de la période irlandaise et Académie française… désolé, je ne les ai pas lus… ça reste à faire, pour pouvoir conclure. Mais d’ores et déjà, dans la famille « écrivains mineurs », à tout prendre, je préfère mon Jean d’O.

 

Ah, j’oubliais, qui est-il ?

Voici ce qu’en dit Wikipedia :

« Édouard Michel, dit Michel Déon, né à Paris le 4 août 1919, est un écrivain, romancier, dramaturge, et académicien français. Il a tout d'abord adopté Michel Déon comme nom de plume avant d'en faire son patronyme légal (autorisation accordée par le Conseil d'État du 19 octobre 1965). Il est généralement rattaché au mouvement des « Hussards ». Après une enfance passée entre le 16e arrondissement de Paris et la Côte d'Azur (sic), il fait des études de droit tout en songeant déjà à une carrière littéraire ». À 95 ans, il est vice-doyen de l’Académie française.

31/01/2015

Les filles de rêve ne sont pas décevantes (V)

La sylphide.jpgOn sent que A. Corbin écarte la sylphide de Chateaubriand car elle naît d’une confession un peu psychiatrique et non pas d’une création poétique ou romanesque. C’est très subtil, réfléchissez bien. Elle aussi se retrouve entre Diane et Vénus.

Graziella fut réédité près de « quatre-vingts fois » (sic). Encore un qui n’a pas lu tous les billets de ce blogue. On lit aussi « Pour avoir considéré la jeune fille transfigurée par les larmes, l’image de Graziella… » ; c’est une phrase qui n’a pas été relue. Foin de la belle écriture, A. Corbin inclut cette égérie de Lamartine dans les filles de rêve ; après tout, c’est lui le patron !

Aurélia (de Gérard de Nerval) subit le même sort que la sylphide car elle ressortit plus de la rêverie que du rêve (sic). Historiquement, sa figure coïncide avec la dissolution progressive de la figure (de la fille de rêve), à partir du milieu du XIXè siècle.

 

Avec une exception, célébrissime : Yvonne de Galais. Elle a certains traits de Diane et clôt la cohorte, « dont on aura, je pense, saisi la cohérence ».

On peut rêver…

30/01/2015

Les filles de rêve ne sont pas décevantes (IV)

Quant on arrive à Juliette, on apprend un mot rare : reviviscence (qui me fait penser à l’anglais revival) et on comprend que, disparaissant tragiquement, elle ne peut être acceptée dans la « cohorte » et rejoint l’autre camp, sœur d’infortune de Chimène, Phèdre, Hermione, Pauline, Bérénice, Andromaque, Iphigénie… (si j’ai bien compris). Bizarrerie, la fiancée d’Hippolyte, Aricie, aurait été repêchée par A. Corbin si Racine avait davantage développé sa figure. Pour une fois que c’est pas la faute à Voltaire !

Ophélie, « à la fois virginale et subtilement érotique, figure une fille de rêve intensément mystérieuse ; rendue inaccessible par son égarement et par sa nature même ». Et de trois.

La belle au bois dormant.jpg

 

La Belle au bois dormant de Charles Perrault est « un modèle de fille de rêve porteur d’un bonheur en rupture avec les malheurs ou la mort des précédentes…  et lui a conféré une grande extension sociale ».

 

 

Pamela Anderson.jpg

 

Le verdict sur Paméla n’est pas clair. Il semble qu’elle en soit mais, pour la première fois, avec l’âme sensible. Ça n’a pas l’air d’être rédhibitoire, bien au contraire. A. Corbin en profite pour glisser quelques formules bancales comme « l’effraction oculaire » ou « l’ouvrage de second rayon ». Passons.

Charlotte (celle de Werther et donc de Goethe) est une fille de rêve, bien que pas du tout évanescente.

Virginie aussi ! C’est le grand amour de Paul, raconté par Bernardin de Saint Pierre).