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29/01/2015

Les filles de rêve ne sont pas décevantes (III)

Concernant Iseut « Gardons-nous toutefois de surestimer cette figure de rêve qui demeure, somme toute, ambiguë » nous prévient A. Corbin. Mais alors, il n’y aurait que Diane comme vraie fille de rêve ? Les autres, elles font de la figuration, pour remplir 162 pages ? On croyait qu’il nous les avait sélectionnées, les vraies, les incontestables… et elles nous filent entre les doigts, chapitre après chapitre !

 

À propos de ces filles, savez-vous qu’on peut parler de leurs « appas » (ce qui séduit, ce qui charme et, dans un sens vieilli, « formes épanouies du corps féminin qui éveillent le désir » d’après le Hachette de 1991), alors que la pâture qui attire les animaux que l’on veut prendre s’appelle l’appât ? Malheureusement, l’appât est aussi ce qui exerce une attraction sur quelqu’un…

Béatrice.jpgCela m’amène à Béatrice, celle de Dante (fin du XIIIè siècle), qui, nous dit A. Corbin, est « le modèle absolu de la fille de rêve ». Mamma mia, en voici une autre ! On a donc à ce stade la matrice essentielle et le modèle absolu. Voyons la suite…

Manque de chance pour elle, « pour incarner totalement la fille de rêve, (il) manque à Laure (celle de Pétrarque) la virginité ». En effet, elle a eu la mauvaise idée de se marier. Lot de consolation, d’après A. Corbin, « elle ne saurait paraître fille de Vénus ». Alors quelle est-elle donc ?

J’ai déjà évoqué Dulcinée ; je n’y reviens pas car A. Corbin, dans le chapitre qui lui est consacré, parle surtout de Don Quichotte. Pauvre fille… Il abuse également de néologismes : proto-sexologie, pathologiser…

28/01/2015

Les filles de rêve ne sont pas décevantes (II)

En tous cas, après un tel début, tant historique qu’axiomatique, le lecteur s’attend à un cheminement poétique mais balisé vers les heureuses élues, celles qui correspondent aux critères annoncés. « Le projet consiste à élire les figures des filles de rêve qui ont été prégnantes au cours du temps et de tenter de comprendre ce que les hommes des générations successives ont pu savoir de celles qui ont alimenté leur rêve ».

Hum, pas très clair le projet…

Sur Diane, il conclut que « La jeune fille prude mais gracieuse… constitue une matrice essentielle de la fille de rêve ». Bon.

« Dans quelle mesure le personnage de Daphné, connu des collégiens, des lycéens et des amateurs d’art a-t-il pu peser sur l’image que ceux-ci se faisaient des filles de rêve ? Sans doute moins fortement que les figures de Diane, d’Ariane ou de Nausicaa ». Un de chute, au suivant.

« … on peut juger qu’Ariane, de bien des façons, échappe aux caractères profonds, constitutifs  de la fille de rêve et serait à ranger dans la cohorte des vénusiennes… ». Encore une mise sur la touche… Le lecteur patiente.

Nausicaa.jpgUlysse abandonne Nausicaa mais lui promet de ne jamais l’oublier. « On comprend d’autant mieux la présence de Nausicaa dans la cohorte des filles de rêve inoubliables » conclut A. Corbin. Ah bon ? vous comprenez vous ? On découvre qu’il y a les filles de rêve inoubliables et les autres…

 

27/01/2015

Les filles de rêve ne sont pas décevantes (I)

Elles n’ont pas fait de commentaires mais elles ont sûrement été fâchées… les filles de rêve que je connais, par mon billet du 17 janvier 2015.

Mais non, vous n’êtes pas décevantes, bien au contraire !

Pour bien me faire comprendre, je suis obligé de revenir sur le livre éponyme d’Alain Corbin et sur sa définition d’icelles.

Alain Corbin ne parle pas de filles réelles, dont on peut rêver il est vrai mais en référence à des « modèles suggérés par les lectures, la contemplation de tableaux et de statues (sic !), la fréquentation des théâtres ou de l’opéra » ; son livre a donc pour objet « une cohorte de filles de papier qui ont conditionné partie de l’imaginaire amoureux, sans que soit directement sollicité le désir vénérien ».

Diane chasseresse.jpgDe quelles qualités leur vient donc leur emprise ? la beauté et le teint du visage, les yeux et l’éclat de leur regard, leurs cheveux (désolé mais ce sont des blondes, la plupart du temps…), la finesse de leurs mains et de leurs chevilles, leur maintien. « La fille de rêve ignore la puissance érotique de ses formes, dont elle ne fait pas l’exhibition. Elle est pudique, grave, réservée. Elle semble parfois inaccessible ». Côté moral, sa piété, sa sensibilité, sa tendresse, son courage, sa compassion. « Par définition, dans l’esprit des hommes, la fille de rêve est vierge, intacte, préservée ».

 

Pour Alain Corbin, la dualité, dans l’esprit des hommes, entre Vénus et Diane, a atteint son apogée au XIXè siècle et « la rupture radicale qui s’est opérée vers 1960 a refoulé non seulement dans le passé, mais dans la sphère de l’incompréhensible, voire du répréhensible, tout un pan de l’imaginaire amoureux ».

Pourquoi les années 60 ?

 

Alain Corbin invoque d’abord les artistes, peintres et écrivains, qui auraient abandonné Diane pour Vénus comme source d’inspiration. Surtout il décrit « le grand siècle du flirt (1870-1960). Pour nombre de raisons, les jeunes filles de l’élite cultivée perdent de leur mystère. Elles voyagent, font du sport, fréquentent les villes d’eau. On leur autorise la lecture de romans sentimentaux plus osés que naguère. Désormais, elles acceptent le croisement des regards désirants, les frôlements et les caresses, subtiles tout d’abord, puis profondes (sic)… (elles) attendent le voyage de noces, pratique en pleine expansion ».

« Tout change à la fin des années 1950 » avec les nouvelles méthodes de contraception. « Ce qui avait constitué la texture des filles de rêve depuis plusieurs siècles n’a désormais plus cours ». Les Belles au bois dormant n’acceptent plus d’attendre un siècle le Prince charmant…

À partir des années 70, tout s’accélère (l’impudique, la pornographie, les émissions de radio et les magasins « spécialisés »…).

Vénus a triomphé de Diane.