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<title>Le bien écrire</title>
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<subtitle>Anecdotes et conseils pour bien rédiger ; billets d'humeur sur la langue et la littérature françaises, critique de livres ; francophonie</subtitle>
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<title>&quot;Juliette, dans l'ombre de Colette&quot; (Françoise Cloarec) : critique III</title>
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<summary> Le chapitre «&amp;nbsp;Saint Sauveur, janvier 1922&amp;nbsp;» est précieux car il...</summary>
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&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Le chapitre «&amp;nbsp;Saint Sauveur, janvier 1922&amp;nbsp;» est précieux car il situe les rues et les personnages rendus célèbres par Colette, comme Giono le fera de Manosque, mais d’une façon bien différente, un demi-siècle plus tard. «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Le lendemain, le soleil est là&amp;nbsp;; je retrouve le charme particulier des rues étroites et inclinées&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;...&amp;nbsp;». Moi aussi, inexplicablement, je suis sensible aux hauts-lieux de cette bourgade, comme il en existe mille sans doute dans notre pays... Mais non, justement, Gabrielle Colette les a transfigurés pour toujours&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Dans les derniers chapitres, Mme Cloarec compare les vies de Juliette et de sa sœur&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Juliette va accomplir le destin de son père&amp;nbsp;: se détruire&amp;nbsp;; Gabrielle, celui du sien&amp;nbsp;: écrire sur ses pages blanches et signer Colette.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Le génie de Colette a pu se déployer parce que, dans son enfance, tout était possible, même l’interdit. Dans cette famille originale, peut-être folle, les enfants étranges de Sido, directive et possessive, ont trouvé un chemin. Celui de Gabrielle a été éclatant spectaculaire. Elle a eu la place et l’autorisation de devenir ce qu’elle était&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 235). Bien vu, même si la formulation est plutôt convenue&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Notons au passage, page 75, dans la phrase «&amp;nbsp;Si l’héritage semble &lt;em&gt;conséquent&lt;/em&gt;...&amp;nbsp;», l’emploi erroné de l’adjectif «&amp;nbsp;conséquent&amp;nbsp;» dans le sens de considérable. Rebelote page 104&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les trousseaux nécessaires aux écoliers sont &lt;em&gt;conséquents&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;En conclusion, je dirai que ce petit livre est prenant mais que l’on s’irrite des répétitions, très nombreuses, et de l’immixtion de l’auteur dans le récit. Sachant que le sujet en est Juliette, qu’il est quasi-impossible à traiter vu l’absence de témoignages, Mme Cloarec raconte surtout l’histoire de la famille (bien sûr déterminante dans les malheurs de Juliette), ajoute des éléments personnels et professionnels qui la concerne, interprète très souvent, extrapole en psychanalyste, répète, tourne autour du pot, place quelques éclairages féministes bien sentis, frôle l’anachronisme parfois... manque de focalisation donc&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Mais nul doute que Mme Cloarec est sincère et son livre présente quelques passages littéraires émouvants et de qualité.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Un dernier mot&amp;nbsp;: l’irritation ressentie à la première lecture est très atténuée quand on le reprend pour l’analyser. Il est meilleur le lendemain, comme les plats en sauce&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
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<title>&quot;Juliette, dans l'ombre de Colette&quot; (Françoise Cloarec) : critique II</title>
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<summary> Et tout cela ne serait rien si l’histoire des Robineau ne dérivait pas vers...</summary>
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&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Et tout cela ne serait rien si l’histoire des Robineau ne dérivait pas vers celle de Mme Cloarec. Qu’apprend-on en effet page 71&amp;nbsp;? Qu’elle s’identifie à Juliette et que son enquête s’oriente vers sa propre histoire personnelle&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Le caché devient alors évidence. J’avais repoussé dans mon ombre quelqu’un (...) Juliette m’aide à le sortir des ténèbres&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Freud, sors de ce corps&amp;nbsp;! Lorsque son frère, disparu depuis, est né, elle avait l’âge qu’avait Juliette à la naissance d’Achille (son frère cadet). Dès lors, pourquoi ne pas avoir intitulé son essai «&amp;nbsp;Juliette et moi&amp;nbsp;» ou bien «&amp;nbsp;Un secret&amp;nbsp;» (déjà pris) ou bien «&amp;nbsp;Secret de famille&amp;nbsp;» (déjà pris)&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Malgré tout, l’histoire de la famille Robineau-Colette, racontée au fil de l’eau, est passionnante et l’on voit se dessiner le portrait de Juliette&amp;nbsp;: père alcoolique et violent, auquel elle ressemble physiquement, remariage de sa mère, beau-père qui préfère son fils Achille, dont s’est également entichée sa mère Sido. Cela étant, comme on l’a dit, les écrits ou les témoignages qui permettraient d’aller plus loin, sont maigres, voire inexistants (essentiellement les lettres de Sido à ses deux filles, sauf erreur)&amp;nbsp;; alors Mme Cloarec multiplie les visites à la Maison de Colette et, dans la chambre de Juliette, elle s’abîme dans la contemplation de sa photo, qu’elle essaie de psychanalyser, à tout le moins de décoder. Ce n’est pas tout&amp;nbsp;: Mme Cloarec nous embarque aussi dans sa profession de psychothérapeute, qui – c’est tout à son honneur – la conduit à s’investir dans la vie de ses patients en souffrance&amp;nbsp;; mais qu’est-ce que cela vient faire là&amp;nbsp;? Jamais je n’ai lu sous la plume de Mme &lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Dominique Bona&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;, une référence en matière de biographie, la moindre allusion à sa vie ni professionnelle ni personnelle (lire par exemple l’extraordinaire «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Il n’y a qu’un amour&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Tout cela pour conclure&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Peut-être ne peut-on pas aider&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 85)&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;On franchit encore une étape et c’est maintenant l’anachronisme&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Avec Juliette, dans la maison de Colette, toutes celles qui me tiennent à cœur sont présentes&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 86). Et de citer Séraphine de Senlis, Camille, Marthe Bonnard... «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Ces femmes n’attendent aucune reconnaissance sociale, ne cèdent pas sur leur désir. Elles ont simplement choisi d’aimer qui elles avaient envie d’aimer, même si le patriarcat n’en veut pas&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Le grand mot est lâché&amp;nbsp;: patriarcat, propre à se faire adouber par la société «&amp;nbsp;féministe&amp;nbsp;», voire wokiste d’aujourd’hui&amp;nbsp;! Mais où est donc Juliette&amp;nbsp;? À la rigueur cette sortie très à la mode pourrait s’appliquer à Gabrielle, bien qu’elle ait affirmé qu’elle n’était pas féministe... mais Juliette&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Ce morceau de bravoure est malheureusement incohérent, puisque Mme Cloarec affirme dans le même paragraphe&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;- que ces femmes ont la création en commun mais pas Juliette,&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;- qu’elle aime «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;tous ces personnages dérobés derrière d’autres, plus lumineux&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», mais en avouant que dans sa famille à elle, c’est elle qui était dans la lumière et non son frère&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Tout cela sent la construction artificielle... il y a trop de mélanges&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Je cherche ses pensées et parfois ce sont les miennes que je trouve. Je dois effacer mon récit intérieur ainsi que tous les récits anonymes&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 87).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Page 91, tous les enfants Robineau-Colette sont nés et le comportement de Juliette est éclairé – sinon expliqué – par sa position dans la fratrie&amp;nbsp;: un cadet qui sera médecin, un benjamin fantasque mais très doué pour la musique et surtout une rivale du même sexe, Gabrielle, qui est considérée d’emblée comme un chef d’œuvre&amp;nbsp;; Juliette ne cherche pas à lutter, elle se réfugie dans sa chambre et dans la lecture. C’est convaincant sans être très original. Une autre explication est la ressemblance avec son père Jules Robineau (les traits du visage) et le possible traumatisme des scènes violentes auxquelles elle a assisté.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Des détails intéressants sur la famille ensuite mais beaucoup de répétitions à propos de Juliette (rappelons que l’on ne sait quasiment rien d’elle&amp;nbsp;!)&amp;nbsp;: elle est taciturne, fermée, ne se mêle pas à la vie familiale ni aux pérégrinations de ses frères dans la nature environnante et passe son temps à lire. Au détour d’une phrase, une hypothèse est lancée à la cantonade&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Peut-être est-elle une solution aux angoisses de chacun&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 128). Psychothérapie de groupe involontaire et victime presque christique...&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Mais nous dit-on, c’est peut-être simplement une manifestation du mal du siècle – surtout chez les femmes – la mélancolie, plus savamment «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;une monomanie triste&amp;nbsp;: cette intense dépression associée à une forte douleur mentale&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Puis vient le mariage de Juliette avec le Docteur Charles Roché – un accident, dira Sido –, la renégociation de sa dot par un mari indifférent mais cupide, la naissance d’une fille, Yvonne, la faillite et le départ des Colette. Il y a là de belles pages, je l’avoue. Et l’histoire de cette famille est fascinante&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
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<title>&quot;Juliette, dans l’ombre de Colette&quot; (Françoise Cloarec) : critique I</title>
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<summary> Alors, bon, l’idée était intéressante&amp;nbsp;: en complément des très...</summary>
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&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Alors, bon, l’idée était intéressante&amp;nbsp;: en complément des très nombreuses études sur la petite sœur, Gabrielle-Sidonie Colette (sa vie, son œuvre, ses amitiés particulières, sa nostalgie de l’enfance à la campagne, sa fascination pour sa maison natale et son village de Saint Sauveur en Puisaye, sa passion pour la liberté et son goût pour la provocation, son amour des animaux et de la nature, sa carrière de danseuse, puis de journaliste, etc.), écrire sur Juliette, «&amp;nbsp;la sœur aux longs cheveux&amp;nbsp;», sa demi-sœur de treize ans plus âgée, qui restera dans l’ombre du grand écrivain qui a phagocyté la famille tout entière et élevé un monument littéraire à leur mère, Sido.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;C’était donc l’idée de &lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Françoise Cloarec&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;, «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Juliette, dans l’ombre de Colette&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», paru en 2022 chez Libretto. La biographe se présente curieusement comme psychanalyste, artiste peintre et écrivain, ce qui est un mélange des genres assez étonnant. Elle a d’ailleurs été conseillère artistique du film «&amp;nbsp;Pierre et Marthe&amp;nbsp;» consacré au peintre Pierre Bonnard, contemporain de Colette.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Dès le premier chapitre, nous assistons au mariage de Juliette, comme il y a dû y en avoir des centaines pendant des siècles... Françoise Cloarec nous présente Juliette comme une victime résignée, au visage fermé, une jeune fille que l’on se dépêche de marier, tant on craint de ne plus le pouvoir. Pour nous lecteurs, ce sont les notations de l’essayiste qui interrogent&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Gabrielle respire la vie, le plaisir. Mais ce soir, l’image de Juliette lui arrache le cœur. Elle sent déjà confusément qu’elle sera le contraire de sa sœur&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 9). Sic&amp;nbsp;! Comme dirait l’autre, prédire le passé, ce n’est pas difficile&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Première irritation&amp;nbsp;: notre écrivain est appelée «&amp;nbsp;Gabri&amp;nbsp;»... Jamais dans tout ce que j’ai lu de Colette et sur Colette, elle n’a été surnommée ainsi&amp;nbsp;! Sa mère l’appelait «&amp;nbsp;Minet chéri&amp;nbsp;» et autres qualificatifs affectueux, mais jamais «&amp;nbsp;Gabri&amp;nbsp;». Étrange...&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Dans le deuxième chapitre, on oublie Juliette (puisque, comme chacun sait, elle sait peu de choses d’elle&amp;nbsp;!) et on «&amp;nbsp;meuble&amp;nbsp;» avec le fonds de commerce de toute étude sur Colette&amp;nbsp;: sa maison natale de Saint Sauveur en Puisaye. Et, plus dérangeant, notre auteur se met en scène – nous ne sommes qu’à la page 14&amp;nbsp;! – en tant que biographe sur les traces de son sujet&amp;nbsp;: Mme Cloarec visite la maison et raconte&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Immédiatement, je veux la tirer de là. J’ignore encore tout d’elle mais je sens que cela ne durera pas. Pour l’instant, c’est mon corps qui se tend. Il vibre&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 15). Rien de moins&amp;nbsp;! Page 16, ce sera à propos de la photo de la fillette à dix ans&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Juliette va mal, je le vois&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Et un peu plus loin, l’assimilation prend corps, justement&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Juliette, par sa présence, casse l’ambiance. Elle brise la belle image de la famille heureuse dans la maison du bonheur. Avec son père physiquement attaché à elle, Juliette renvoie à une période détestable&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Qu’est-ce à dire&amp;nbsp;? Est-ce la psychanalyste qui parle&amp;nbsp;? Évoque-t-elle une «&amp;nbsp;relation particulière&amp;nbsp;» entre Jules Robineau-Duclos et sa fille&amp;nbsp;? Ce sera d’ailleurs la même évocation concernant Charles et sa fille Yvonne.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Toute la fin du chapitre est redondante, Françoise Cloarec brode sur ce qu’elle croit pouvoir déduire de la seule et unique photo, et sur l’empathie qu’elle suscite en elle.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Les chapitres suivants s’intéressent au père, Jules, surnommé le Sauvage, dont la violence et l’alcoolisme sont mis en perspective de l’atavisme (démence de la mère..). Puis c’est au tour de la famille de Sidonie Landoy et en particulier de son père, Henri, surnommé le Gorille. Et Françoise Cloarec de conclure&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;De Gorille en Sauvage, c’est comme si Sidonie convolait avec son père&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 43). Juliette, il faut le reconnaître, va naître sous de bien problématiques auspices... et notre biographe lui attribuera les traits de ces deux ascendants.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Arrive la grossesse de Sidonie&amp;nbsp;; Françoise Cloarec se fait conseillère conjugale sans frais, ayant subitement décrété que Sidonie était jeune, belle et intelligente&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Je ne sais pas si Juliette a été conçue dans la violence&amp;nbsp;? Si Jules a abusé de Sidonie&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 55). Je n’en sais rien non plus mais chez Mme Cloarec la loi sur le viol conjugal n’est pas loin sans doute... «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Je ne me figure pas comment cette femme séduisante a pu coucher avec Jules. Comment penser la beauté prise par la laideur&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». L’anachronisme n’est pas loin non plus.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;On n’en finit pas de s’éloigner du sujet – Juliette, rappelons-le –&amp;nbsp;: c’est la naissance de Juliette, la vie de Sidonie entre ses achats à Paris et ses relations mondaines en Puisaye, l’arrivée du Capitaine Jules Colette, auréolé de ses hauts faits militaires dans l’armée de Napoléon III, le flirt appuyé avec Sidonie et la deuxième grossesse de celle-ci. Le livre de Mme Cloarec sur Juliette se transforme en histoire de la famille de Gabrielle Colette&amp;nbsp;! Évidemment c’est le plus facile, la biographe ayant elle-même écrit que l’on ne sait rien sur la fille aînée des Robineau... Elle s’en rend compte puisqu’elle écrit, page 84&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;J’essaie d’éviter la tentation d’aller vers les autres, les plus vivants, les plus plaisants&amp;nbsp;: Sido, le Capitaine et bien sûr Gabrielle. Eux sont dans la vie, le désir&amp;nbsp;? Ils m’interpellent avec leurs histoires, leurs anecdotes, leur lumière&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Mais je déplore qu’elle n’ait pas vraiment réussi.&lt;/p&gt;
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<title>&quot;Claudine à Paris&quot; (Colette) : critique</title>
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<published>2026-05-28T13:56:38+02:00</published>
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<summary> Oh la déception&amp;nbsp;!  Les libraires disent qu’après un premier succès...</summary>
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&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Oh la déception&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Les libraires disent qu’après un premier succès littéraire, ils attendent avec intérêt et prudence le deuxième opus d’un auteur. De même pour les albums musicaux. Le miracle de rencontrer un public peut-il se reproduire&amp;nbsp;? La veine créatrice est-elle toujours à l’œuvre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Après avoir relu le rafraichissant, pittoresque et instructif «&amp;nbsp;Claudine à l’école&amp;nbsp;», je m’étais plongé avec curiosité dans le deuxième tome de la suite des Claudine, à savoir «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Claudine à Paris&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (1901). Et j’ai dû lire 253 pages (dans l’édition Albin Michel de 1950) plutôt fades – à vrai dire j’ai pensé à la Comtesse de Ségur&amp;nbsp;! – qui ne racontent pas grand-chose, sauf que Claudine, pour suivre les velléités de chercheur en malacologie de son père, habite maintenant Paris. Elle fait la connaissance de la sœur de son père, tante Cœur, du gendre Renaud et du petit-fils Marcel de cette dernière. Elle décrit Marcel comme un enfant efféminé, maniéré, courtois, toujours tiré à quatre épingles, qui entretient une liaison avec un nommé Charlie, qui n’est qu’évoqué en arrière-plan (je n’ose imaginer que Colette ait vu Proust derrière Marcel, et le baron de Charlus derrière Charlie... Je divague). Elle se sent attirée dans un premier temps vers Marcel, plus jeune qu’elle, jusqu’au jour où elle rencontre son père, Renaud, un veuf plutôt «&amp;nbsp;homme à femmes&amp;nbsp;», introduit dans la bonne société, cultivé, charmeur, ironique et délicat. Voilà résumé en quelques phrases l’argument de ce roman. Sur la forme, il y a un choix horripilant de Colette de faire baptiser «&amp;nbsp;mon Oncle&amp;nbsp;» celui qui n’est qu’un cousin par alliance, Renaud (donc pas de consanguinité) et «&amp;nbsp;mon neveu&amp;nbsp;» celui qui est un petit-cousin, Marcel. Peut-être est-ce pour matérialiser les écarts d’âge (en effet, Claudine a une grande différence d’âge avec son cousin Renaud et quelques années seulement avec son petit-cousin Marcel).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Il y a des personnages annexes, Maugis, le critique de théâtre, la gouvernante Mélie, la chatte Fanchette, Monsieur Maria, qui assiste son père&amp;nbsp;; Luce réapparaît, elle est la maîtresse d’un homme d’âge mûr et garde pourtant un fond d’attirance pour Claudine mais celle-ci la repousse, une fois de plus.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Bien sûr des comportements et des situations sont directement transposés de la vie réelle de l’écrivain&amp;nbsp;: l’amour des chats, la pratique régulière de la gymnastique (page 102), cette hantise des cheveux longs qu’elle a dû couper (page 8), l’intérêt pour le poète Francis Jammes, qui était un de ses amis (page 103)...&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Colette nous donne, par moments, un avant-goût de son style littéraire&amp;nbsp;: des alliances de mots surprenantes frisant l’oxymore, des sortes de néologismes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ces muguets... me &lt;em&gt;migrainent&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (page 182), un vocabulaire peu commun&amp;nbsp;: empicasser (page 14), &lt;em&gt;gobette&lt;/em&gt;, gobette en culottes (pages 40 et 45), &lt;em&gt;rabicoin&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;se gaudir&lt;/em&gt; de la situation de l’appartement&amp;nbsp;» (page 17), «&amp;nbsp;je me &lt;em&gt;débigouille&lt;/em&gt; lestement l’escalier sans le secours de l’ascenseur&amp;nbsp;» (page 148), «&amp;nbsp;vieille &lt;em&gt;armelle&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», &lt;em&gt;driguer&lt;/em&gt; (page 148)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;je &lt;em&gt;trôlais&lt;/em&gt; dans les bois tout le temps&amp;nbsp;» (page 49), &lt;em&gt;guéline&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;arcandier&lt;/em&gt;(page 149), &lt;em&gt;chougner&lt;/em&gt; (page 158), «&amp;nbsp;pour &lt;em&gt;corder&lt;/em&gt; tout à fait&amp;nbsp;» (page 182), «&amp;nbsp;&lt;em&gt;j’arrœille&lt;/em&gt;furtivement son profil court et ses yeux&amp;nbsp;» (page 218) &amp;nbsp;; des mots anglais, en accord avec l’anglomanie ambiante&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;tub&lt;/em&gt; (page 21), le &lt;em&gt;washing&lt;/em&gt; (page 22)&amp;nbsp;; et surtout beaucoup d’idiotismes issus de sa région natale (la Puisaye, ici le Fresnois) qu’elle met dans la bouche de Mélie, véritable double de la Françoise de la Recherche («&amp;nbsp;tu vas te &lt;em&gt;bréger&lt;/em&gt; le portrait&amp;nbsp;» page 103).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;En passant, je note une erreur page 218&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;j’écoute... &lt;em&gt;toute&lt;/em&gt; immobile&amp;nbsp;» (au lieu de «&amp;nbsp;tout immobile&amp;nbsp;», pour «&amp;nbsp;entièrement immobile&amp;nbsp;», puisque l’euphonie n’est pas en péril). Même perplexité page 243 devant ce pluriel qui me semble erroné&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;«&amp;nbsp;je me tiens... les yeux &lt;em&gt;grands&lt;/em&gt;ouverts dans mon lit&amp;nbsp;»...&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Claudine fait donner une pièce régulièrement à un mendiant qui passe sous ses fenêtres mais ajoute cette remarque étonnante à son propos&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Il possède sans doute une maison de campagne et des terres, comme la plupart des pauvres de Paris&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 243)&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Montigny n’est jamais loin, le village natal et sa nature environnante s’invitent souvent dans la mélancolie et les rêveries de notre héroïne.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Hélas, je retourne à Montigny… Serrer à brassées l’herbe haute et fraîche, m’endormir de fatigue sur un mur bas chauffé de soleil, boire dans les feuilles de capucine où la pluie roule en vif-argent, saccager au bord de l’eau des myosotis pour le plaisir de les laisser faner sur une table et lécher la sève gommeuse d’une baguette de saule décortiquée&amp;nbsp;; flûter dans les tuyaux d’herbe, voler des œufs de mésange et froisser les feuilles odorantes des groseilliers sauvages&amp;nbsp;; - embrasser, embrasser un bel arbre et que le bel arbre me le rendît –&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 183).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Et Claudine recherche dans Paris les lieux où elle pourra profiter d’un peu de verdure&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Le parc Monceau, avec ses pelouses tendres voilées de jets d’arrosage en rideaux vaporeux, m’attire comme quelque chose de bon à manger. Il y a moins d’enfants qu’au Luxembourg. C’est mieux. Mais ces pelouses qu’on balaye comme des parquets&amp;nbsp;! N’importe, les arbres m’enchantent, et l’humidité chauffée que je respire m’alanguit. Le climat de Paris est ignoblement chaud, tout de même. Ce bruit des feuilles, quelle douce chose&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 148).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Au fait que nous raconte donc vraiment Colette&amp;nbsp;? Le passage de l’enfance (l’école, Montigny, les amitiés particulières) à l’âge adulte (la vie bourgeoise à Paris, les sorties dans le monde, les intermittences du cœur – pour parler comme Proust – et l’éclosion de l’amour).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Au total, pas de quoi fouetter un chat... un roman (de transition, d’initiation) que l’on oubliera assez vite et ne relira pas.&lt;/p&gt;
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<title>Irritations linguistiques : nième épisode...</title>
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<updated>2026-05-27T18:28:26+02:00</updated>
<published>2026-05-27T11:23:00+02:00</published>
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<summary> Les causes d’irritation ne manquent pas quand on observe (et que l’on subit)...</summary>
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&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Les causes d’irritation ne manquent pas quand on observe (et que l’on subit) la façon dont nos concitoyens parlent leur langue (j’exclus de toute critique les personnes – citoyennes françaises ou pas – qui n’ont pas le français comme première langue maternelle)&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Tendance à rendre transitifs des verbes qui ne le sont pas, abus sans raison de termes anglais (ou supposés l’être&amp;nbsp;!), construction de phrases hasardeuse, pléonasmes à gogo, oubli d’accorder le participe passé placé après l’auxiliaire avoir... la liste est longue.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Voici quelques beaux poissons que j’ai pêchés récemment dans les médias&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; color: #000000;&quot;&gt;«&amp;nbsp;la possibilité de pouvoir faire ceci ou cela&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; color: #000000;&quot;&gt;«&amp;nbsp;ce qui est intéressant de voir&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; color: #000000;&quot;&gt;« les infos qui étaient nécessaires d’entendre »&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; color: #000000;&quot;&gt;et l’omniprésent « c’est la raison pour laquelle » (au lieu de, tout simplement, « c’est pour cette raison que »)&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;À l’irritation subséquente s’ajoute la propension de certains beaux esprits – bien plus compétents que moi, je l’avoue, quant à la langue, son histoire et son étymologie – à nous démontrer que, au XVIIIème siècle, cette faute n’en était pas une, que cet accord est une insulte faite aux femmes, que le bon sens devrait conduire à simplifier cette règle, que les subtilités du français nuisent à la santé du «&amp;nbsp;vivre ensemble&amp;nbsp;», etc., etc.&lt;/p&gt;
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<name>Brugel</name>
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<title>&quot;Claudine à l'école&quot; (Gabrielle-Sidonie Colette) : critique</title>
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<updated>2026-05-26T12:06:56+02:00</updated>
<published>2026-05-25T10:40:00+02:00</published>
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<summary> J’ai lu une première fois «&amp;nbsp;  Claudine à l’école  &amp;nbsp;» en 1980 et...</summary>
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&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;J’ai lu une première fois «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Claudine à l’école&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» en 1980 et j’avais noté dans mon carnet l’appréciation&amp;nbsp;: Bien... On ne peut guère faire plus laconique&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;À l’occasion d’un passage à Saint Sauveur en Puisaye, qui tourne chez moi au pèlerinage rituel, je viens de relire ce premier roman initialement signé «&amp;nbsp;Willy&amp;nbsp;» en 1900, dont je n’avais aucun souvenir.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;On connaît l’histoire de ce roman, pour lequel Willy (Henri Gauthier-Villars), son mari, a utilisé les « souvenirs » que Colette avait écrits sur sa suggestion. Ce n’est que beaucoup plus tard, en 1921, que Colette en revendiquera la propriété littéraire entière et les republiera sous son seul nom. Premier acte féministe de notre écrivain, qui sera suivi de bien d’autres.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Ce roman aura une suite&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Claudine à Paris&amp;nbsp;», puis «&amp;nbsp;Claudine en ménage&amp;nbsp;» (que j’avais lu indépendamment en 1973), puis «&amp;nbsp;Claudine s’en va&amp;nbsp;» et enfin «&amp;nbsp;La retraite sentimentale&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Colette raconte la vie d’une jeune fille de 15 ans, Claudine, dans une petite ville de province, Montigny, à la fin du XIXème siècle ; elle est fille unique et termine sa scolarité en préparant le brevet élémentaire. Les personnages principaux sont ses amies, en particulier Anaïs, et un peu plus tard Luce, la sœur de la nouvelle institutrice, Aimée. La directrice, autoritaire et omniprésente, est Mlle Sergent. On voit aussi M. Dutertre, médecin et délégué cantonal, qui vise la députation, en même temps qu’il fréquente assidûment Mlle Sergent.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;C’est Claudine qui parle et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche&amp;nbsp;; elle est espiègle et souvent impertinente. Sa description de l’examen de fin d’études au chef-lieu de canton et de la fête donnée en l’honneur du ministre qui vient inaugurer la nouvelle école, sont deux morceaux de bravoure, véritables documents sur la vie à la campagne il y a plus d’un siècle, avant le machinisme et la circulation tous azimuts de l’information&amp;nbsp;: tout se sait, les rumeurs vont bon train, ce qui n’exclut pas des rapports de bon voisinage et de la solidarité. Pas de description didactique et parfois fastidieuse comme dans «&amp;nbsp;Les noisettes sauvages&amp;nbsp;» de Robert Sabatier ou dans la saga des Vialhe de Claude Michelet. Le style du journal de Claudine-Colette (revu par Willy) est alerte, enjoué, direct.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Ce qui frappe, et qui a causé le scandale et sans doute le succès du livre à sa sortie (Willy insistait auprès de Gabrielle-Sidonie pour qu’elle truffe ses souvenirs de détails croustillants...), c’est l’omniprésence de la sexualité et surtout de l’homosexualité (contrairement à ce que l’on peut lire ici et là, où l’on parle de «&amp;nbsp;tendances&amp;nbsp;» pudiquement évoquées, le discours est sans ambiguïté)&amp;nbsp;; bien sûr notre héroïne est adolescente mais tout de même... Claudine s’entiche d’Aimée, la jolie nouvelle institutrice, que Mlle Sergent lui ravit assez vite (et ce ne seront plus que cajoleries et regards enamourés entre les deux enseignantes, tout au long du roman).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Tristesse de l’attirance non partagée, c’est maintenant Luce, la petite sœur, qui s’entiche de Claudine et préfère se faire rabrouer – ou pire – que de ne pas être auprès d’elle.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Le machisme (aujourd’hui on parlerait volontiers de harcèlement sexuel) n’est pas en reste puisque le futur député s’intéresse de près – de très près – aux plus grandes élèves. «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;A-t-elle pensé que je bavarderais à tue-tête, que je raconterais tout ce que je sais (au moins), tout le désordre de cette École, le tripotage des grandes filles par le délégué cantonal et ses visites prolongées à nos institutrices, l’abandon fréquent des classes par ces deux demoiselles, tout occupées à échanger des câlineries à huis clos, les lectures plutôt libres de mademoiselle Sergent (...), le beau sous-maître galant et barytonneur qui flirte avec les demoiselles du brevet&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 80).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Il me regarde de si près, avec une si visible envie de me caresser, de m’embrasser, que voici le fâcheux fard brûlant qui m’envahit, et je perds mon assurance. Il craint peut-être aussi de perdre son sang-froid, lui, car il me laisse aller, en respirant profondément et me quitte après une caresse sur mes cheveux, de la tête jusqu’à l’extrémité de mes boucles, comme sur le dos des chats&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 65).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Lors de la préparation de la visite du ministre, le délégué communal demande que les robes de trois jeunes filles soient aux couleurs du drapeau national&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;C’est bon, espèce de petite vierge, tu feras le milieu du drapeau. Et tu réciteras un &lt;em&gt;speech&lt;/em&gt; à mon ministre d’ami, il ne s’embêtera pas à te regarder, sais-tu&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; (... Comme d’habitude, Claudine est impertinente. Le délégué la rabroue) &lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Tais-toi, gamine, tu n’auras jamais la bosse du respect. J’aime à croire que tu en possèdes déjà d’autres plus agréablement situées&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (pages 206-207).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Et de même pour l’un des nouveaux instituteurs... «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Je vous en prie, Mademoiselle... Vous me voyez confus… Je ne pourrais vous faire lire que de pauvres vers amoureux… mais chastes&amp;nbsp;! (il bafouille). Je n’aurais jamais, naturellement… osé me permettre…&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 94).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;On a dit que les portraits assez peu flatteurs que Colette faisait des contemporains de sa jeunesse traduisaient une vengeance envers son village natal, que sa famille, ruinée, avait dû quitter sous les sarcasmes... En tous cas les habitants l’ont pris comme tel et, si aujourd’hui la renommée mondiale de Colette fait beaucoup pour Saint Sauveur, la rancune a été longue à s’éteindre puisque même la venue de l’écrivain lors de la consécration de sa maison natale en «&amp;nbsp;maison de Colette&amp;nbsp;» n’avait pas reçu un accueil très chaleureux.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Rappelons-nous que la Belle époque approche... clin d’œil de Colette qui fait dire à Claudine qu’elle lit Pierre Louÿs (Aphrodite, 1896&amp;nbsp;; La femme et le pantin, 1898), poète légèrement sulfureux. Et aussi Léon Daudet et Paul Adam (page 65 de l’édition de 1966 du Livre de poche).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Le niveau scolaire de ces jeunes filles est bien supérieur à celui d’aujourd’hui, du moins pour les matières qu’elles ont toujours en commun. Contentons-nous de citer l’un des «&amp;nbsp;passages au tableau&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;C’est un problème assez compliqué mais la grande Anaïs, qui a le don de l’arithmétique, se meut parmi les courriers, les aiguilles de montre et les partages proportionnels avec une remarquable aisance. Aïe, c’est mon tour.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Claudine, au tableau, extrayez la racine carrée de 2 073 620 &lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;» (page 95).&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;En définitive, que penser de ce premier roman&amp;nbsp;? Du bien&amp;nbsp;! Il est frais, espiègle, amusant et tourmenté (comme sont les adolescentes à toutes les époques)&amp;nbsp;; comme «&amp;nbsp;J’avais un an en 1900&amp;nbsp;» d’Édouard Bled, il nous parle du début de l’autre siècle à la campagne&amp;nbsp;; comme certains poèmes de la Comtesse de Noailles, il nous raconte l’enfance, insouciante, parfois cruelle mais heureuse, celle qui nous marque pour la vie.&lt;/p&gt;
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<name>Brugel</name>
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<title>&quot;Les aimants&quot; (J.-M. Parisis) : critique</title>
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<updated>2026-05-19T18:59:07+02:00</updated>
<published>2026-05-10T22:40:00+02:00</published>
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&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Cette fabuleuse complicité n’était pas seulement l’œuvre de l’amour. Nous étions unis par autre chose, un accord gémellaire, un principe à la fois complice et concurrent qui nous neutralisaient, nous empêchaient de déployer toute la vie que nous aurions dû vivre à deux&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 70 de l’édition Stock originale).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Tel est le point de basculement du roman de &lt;span style=&quot;color: #3366ff;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marc Parisis&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Les aimants&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; », paru en 2009. Ce terme peu commun, employé au lieu de « les amants » (plus sensuel) ou « les amoureux » (plus fleur bleue), semble être emprunté à Victor Hugo : « Les aimants sont les bénis ! » (page 88). Mais bien sûr, on pense aussi aux aimants de la physique, des corps attirés et qui s'accrochent l’un à l’autre...&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;J’ai lu ce livre pour la première fois en 2010, juste après sa parution, peut-être suite à la critique très louangeuse de Christophe Ono-Dit-Biot dans le Point du 31 août 2009 ; il m’a fait très forte impression, au point que je l’ai relu en 2013 et une troisième fois aujourd’hui. En 2015, j’en ai publié de larges extraits (&lt;a href=&quot;http://lebienecrire.hautetfort.com/archive/2015/12/20/au-revoir-princesse-5733766.html&quot;&gt;Voir mon billet &quot;Au revoir, Princesse&quot;, il y a plus de dix ans&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;C’est l’histoire d’une passion de jeunesse, fondatrice mais particulière, qui évolue au cours du temps et qui malheureusement se termine dans la douleur. Il est impossible de savoir si c’est une histoire vécue en tout ou partie, mais elle est racontée avec beaucoup de sensibilité, avec plus d’évocations et d’ellipses que de descriptions cliniques. On se revoit adolescent, on retrouve cette vie un peu bohème, ces déambulations dans le Paris du Quartier latin (le boulevard St Michel, le Luco... on y était...) et on reste fasciné par la belle et mystérieuse Ava, qui ne se livre pas et qui emportera son secret. Impossible dorénavant d’oublier Ava&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;J.-M.&amp;nbsp;Parisis parle de l’amour fou mais dissymétrique, de l’amour platonique mais quasiment en osmose, de la connivence, du respect entre les êtres, de la pudeur, de l’amitié, mais aussi de l’absence, du manque, de la nostalgie, du rapport à la mort. Les réflexions du narrateur sur la vie sont légion et souvent sous forme d’aphorismes, parfois étonnants.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000; font-size: 12pt; font-weight: 400; font-family: Verdana, sans-serif;&quot;&gt;Rien à dire sur le style, sauf quelques formules étranges comme «&amp;nbsp;Je n’étais agi par aucun secret&amp;nbsp;» (page 62), au lieu, par exemple, de «&amp;nbsp;atteint&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;mû&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;freiné&amp;nbsp;», etc. Notre auteur a aussi tendance à abuser des formes transitives comme «&amp;nbsp;Elle m’a grandi&amp;nbsp;». Ce qui frappe, c’est surtout sa capacité à préserver le mystère de cette relation amoureuse, du comportement d’Ava et de l’enchaînement des événements. On comprend, mais pas tout.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;J’ai dit plus haut que Ono-Dit-Biot avait été enthousiaste, comme moi, mais tel n’a pas été le cas de tous les lecteurs&amp;nbsp;; certains ont trouvé du conformisme, de la platitude, du déjà vu, de la prétention... et n’ont pas été touchés. Notons qu’aujourd’hui, un autre livre (de dessins) porte le même titre, dont l’auteur est Marion Fayolle.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;font-size: medium; font-family: Verdana, sans-serif; color: #000000; font-weight: 400;&quot;&gt;Un si court et si émouvant roman ne se résume pas... Contentons-nous de citer encore ceci&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #0070c0;&quot;&gt;Toute vie est soumise aux lois de l’attraction. Ava aura polarisé la mienne très tôt, à un âge où certains corps sont très sensibles à la lumière. Ma vie avec elle, en sa présence, fut ma jeunesse, puis ma vie d’homme, jusqu’à maintenant. Elle m’a grandi. Comme nous avions le même âge et que l’attirance était réciproque, il se peut aussi qu’elle ait tiré quelque force de moi pour se maintenir à l’altitude qui était la sienne. Aujourd’hui le ciel est vide. J’aurais aimé raconter une autre histoire mais c’est tout ce qu’il m’en reste, et je n’en reviens pas&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» (page 8).&lt;/p&gt;
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