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12/12/2019

Renforcer sa maîtrise du français augmente la moyenne générale d'un étudiant

Marie-Christine Corbier faisait le point le 2 décembre 2019, dans Les Échos, à la veille de la publication des résultats de l’enquête internationale PISA sur la « compréhension de l’écrit », qui en est le thème dominant cette année.

Pour les jeunes Français, ce n’est pas fameux !

Un professeur de lettres modernes en BTS avoue : « On est obligé de tricher dans les évaluations pour ne pas sanctionner la qualité de l’orthographe ou de l’expression (…) Le niveau de nos étudiants en français est un vrai problème ».

Un enseignant en licence confirme : « Ils ne savent pas écrire correctement, ne maîtrisent ni la syntaxe ni la grammaire ni le vocabulaire, et ne savent pas lire correctement un énoncé. Le pire (…), c’est qu’ils n’ont pas conscience de l’importance de la langue et de la communication écrite ».

Consternant et inquiétant, au pays de Montaigne, Corneille, Chateaubriand et Hugo !

Et le problème vient de loin ! Du CM1 !

Bien pire, la performance des élèves français baisse constamment au fil des enquêtes…

Seule lueur d’espoir, à condition qu’il y ait justement une prise de conscience : un professeur de l’Université Paris-Est à Marne la Vallée a montré que « les étudiants incités à travailler le français ont vu leur moyenne générale augmenter de l’ordre d’un point et c’est aux étudiants les plus en difficulté que cela a le plus profité ». En l’occurrence c’est la consultation régulière de la plateforme Voltaire qui permettait ce renforcement de la maîtrise du français (en d’autres temps, on consultait le dictionnaire pour un oui pour non).

05/12/2019

Bloody Friday !

Il y avait les soldes, depuis très longtemps ; j’avais compris que leur durée annuelle, voire leur période dans l’année, étaient réglementées ; j’avais constaté que, dans cette époque d’accélération du néolibéralisme, la réglementation s’était fait discrète et qu’il y avait solde à tout bout de champ, ne serait-ce qu’avec le subterfuge des « ventes privées » et autres magasins d’usine (rebaptisés outlet), l’essentiel étant que cela fleure bon la « liberté » : liberté de vendre ce qu’on veut, où l’on veut, liberté d’acheter n’importe quoi, à tout moment (le dimanche, la nuit…), sans s’occuper de la logistique nécessaire en coulisses et au mépris de la nécessaire reconversion écologique. Et de fait, on eut l’impression qu’à tout moment, les commerçants confrontés à la stagnation ou la baisse du pouvoir d’achat, s’étaient lancés dans une course permanente aux prix toujours plus bas, pour attirer le chaland…

Puis Apple est arrivé : je crois que c’est Apple le premier qui a importé des États-Unis, il y a quelques années, cette habitude de proposer des articles soldés certains vendredis du mois ou de l’année ; et ce fut le Black Friday, que nous découvrîmes médusés, incrédules ou indifférents.

Et la machine s’emballa : cette année 2019 restera celle où le phénomène prit soudain un caractère délirant, encouragé ad nauseam par des médias complices : toutes les enseignes avaient enfourché le cheval du vendredi magique pendant lequel on annonçait des réductions de 30, 50 ou même 70 %. Et que dis-je ? Le vendredi magique ne suffisait pas ! On eut droit à la Cyber Week, qui court encore…

Et du matin au soir, on nous bassina, à la radio, à la télévision et dans nos messageries, avec ces occasions incroyables qui nous étaient offertes d’acquérir ce dont nous rêvions, et in fine de dépenser nos sous.

À cette jouissance promise – aussi vieille sans doute que l’acte d’achat – s’ajoutait, comme d’habitude, l’excitation causée par la découverte d’une nouvelle pratique et in English s’il vous plaît ! Oui, Mesdames et Messieurs les acheteurs compulsifs, Amazon ou pas, impôts payés ou non par eux, camions sur les routes ou pas, empreinte carbone ou pas, en pratiquant dans l’hystérie la plus totale le Black Friday, vous deveniez le temps d’un achat, un peu américain, un émule de cet Américain qui consomme et pollue deux ou trois fois plus que vous et dont les dirigeants ne veulent pas d’accord contraignant « à la COP 21 » !

La fin du « modèle américain » et de l’attrait irraisonné pour l’anglais n’est décidément pas pour demain ; mais après-demain verra-t-il son remplacement par le modèle chinois ?

Ou bien les Français reprendront-ils confiance en eux ? Reprendront-ils en main leur destin, à leur propre mode ? Abandonneront-ils leur fascination pour ce qui vient d’outre-Atlantique ? Et les mots sont très importants : le Black Friday, ce sont les soldes, point !

Au temps de leur splendeur et de leur irrésistible ascension économique (qui fut en vérité plutôt de courte durée), les Japonais plastronnaient devant les patrons américains et européens venus écouter leur bonne parole, en leur disant en substance ceci : « Nous gagnons parce que vous pensez que nous sommes les plus forts »…

La première chose à faire c’est d’y croire et de relever la tête.

28/11/2019

"Les désarrois de l'élève Törless" (Robert Musil) : critique

« Die Verwirrungen des Zöglings Törless » est le premier livre de l’écrivain autrichien Robert Musil, publié en 1906. Son dernier sera « L’homme sans qualité » que sa mort subite en 1942 laissera inachevé…

Pour le préfacier de l’édition Le Seuil / Points de 1960, « Les désarrois de l’élève Törless » est « une pénétrante, une admirable analyse de l’adolescence ». C’est aussi une sorte de prophétie du nazisme, dans la mesure où « il a mis à nu des idées (telle celle des êtres inférieurs par nature, et que l’on peut tuer sans scrupule) (…) qui étaient déjà dans l’air ».

Peut-être mais pour le lecteur d’aujourd’hui, ce roman, qui débute dans un pensionnat huppé d’une petite ville à l’est de l’Autriche, semble suranné par les situations qu’il décrit (le groupe de jeunes élèves qui fréquente une prostituée avant de rentrer à la pension…).

Mais c’est surtout le style et le mode de narration de Robert Musil qui déplaît : au motif de nous évoquer les pensées floues et le spleen de l’adolescent qui est son héros, il accumule les phrases vagues et alambiquées, que l’on ne peut jamais vraiment pénétrer et qui rendent la lecture fastidieuse… Rendez-nous « Le grand Meaulnes » d’Alain-Fournier, écrit, sauf erreur, à peu près à la même époque !

Voici, par exemple, une phrase typique, page 12 : « ce qui montait en lui n’était pas l’image mais la souffrance sans limites dont la nostalgie le tourmentait en le nourrissant, parce que ses flammes aiguës étaient à la fois douleur et ravissement ». On dira que c’est cité hors contexte, certes…

On a droit à quelques réflexions à portée « universelle » comme celle-ci : « Car la première passion de l’âge d’homme n’est point amour pour telle ou telle mais haine pour toutes. Le sentiment de n’être pas compris du monde et le fait de ne le point comprendre, loin d’accompagner simplement la première passion, en sont l’unique et nécessaire cause. Et cette passion elle-même n’est qu’une fuite où être deux ne signifie qu’une solitude redoublée » (page 45). On n’a pas dû avoir le même début d’âge d’homme, Musil et moi… Rendez-nous « La recherche » – Marcel Proust a eu le Goncourt en 1913 !

Quoiqu’il en soit, au bout de cinquante pages de cette eau-là, j’ai dû me résoudre à consigner le Törless dans le même purgatoire que le « Femmes » de Philippe Sollers : celui des livres abandonnés en cours de lecture – et vrai dire, plutôt en leur début. Cinquante pages semblent le maximum supportable d’un  livre auquel on n’accroche pas. « Désirs » d’Irène Frain (1986) a toutes les chances de subir le même sort, alors que « Gaspard des montagnes » de Henri Pourrat (1922), Grand prix du roman de l’Académie française en 1931, y a échappé, au prix de multiples recommencements (car je suis persévérant et n’aime pas renoncer) et que la trilogie du Nobel de littérature égyptien Naguib Mahfouz, « Impasse des deux palais » (1956) mérite sans doute que je m’obstine.

Curieux qu’il y ait souvent des citations des « plus belles premières phrases » ou des « plus beaux débuts de roman » – « Longtemps je me suis couché de bonne heure », « La mer est de nouveau trop grosse aujourd’hui, et des bouffées de vent tiède viennent désorienter les sens. Au cœur même de l’hiver, on perçoit déjà les prémisses du printemps. Un ciel de nacre pure jusqu’à midi ; les criquets dans les recoins d’ombre ; et maintenant le vent, dénudant et fouillant les grands platanes… Je me suis réfugié dans cette île avec quelques livres et l’enfant, l’enfant de Melissa », « Quatre maisons fleuries d’orchis jusque sous les tuiles émergent de blés drus et hauts » et d’autres –, alors qu’on ne parle jamais des pires – « Pourquoi Trendy, à son arrivée, se trompa-t-il de villa ? »… ?