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23/05/2016

"Nord-Michigan" (Jim Harrison) : critique

La disparition d’un écrivain donne toujours lieu, pendant quelques semaines, à la mise en avant, dans les librairies, de leurs œuvres principales… Cette pratique de la compilation post mortem permet aux béotiens de découvrir l’auteur – mieux vaut tard que jamais – et à ses adeptes de compléter leur collection.

Nord-Michigan.jpgC’est ainsi que je suis tombé sur plusieurs livres de Jim Harrison que je n’avais pas lus et que je me suis offert « Nord-Michigan » (paru aux États-Unis en 1976 sous le titre « Farmer »).

On n’attire pas les mouches avec du vinaigre et donc, comme d’habitude, en quatrième de couverture, l’éditeur vantait les mérites du petit bouquin : « Sur un thème presque banal, Harrison a composé le plus simple mais aussi le plus beau de tous ses romans ». Rien de moins. Bigre…

En fait de thème « presque banal », il s’agit de l’arrivée dans la vie d’un enseignant quadragénaire passablement blasé, d’une de ses élèves de 17 ans passablement délurée et court vêtue, à qui il propose page 24 « Si on faisait l’amour ? » d’un air « dégagé » (sic !), alors qu’elle venait de lui amener son cheval en pension et de dire « Que se passe-t-il ? ». Heureusement, page 22, on avait été rassuré en lisant que « jamais, au cours des vingt années durant lesquelles il avait enseigné, il n’avait couché avec l’une de ses élèves »…

Le Joseph en question a une ferme qu’il hésite à reprendre, ayant jusqu’à présent préféré la pêche et la chasse, et une petite amie de son âge, dont il semble être amoureux mais qu’il hésite à épouser depuis six ans. Rien que du presque banal qu’on vous dit !

Voilà, c’est à peu près tout… les 222 pages de l’édition 10/18 s’égrènent au fil des ballades dans la forêt (car même la chasse et la pêche ne l’attirent plus), des retours en arrière (ah ! l’enfance ...), des verres de whisky vidés à tout propos, des considérations à deux balles sur la vie et la nature : « Tard dans l’après-midi, il atteignit un stade où il ne comprenait plus rien. Ils avaient tous été jeunes, et maintenant ils étaient soudain devenus vieux » (page 18) et aussi « Il s’était accoutumé à Catherine comme les drogués sur lesquels il avait lu des articles s’accoutumaient à leur drogue » (page 90), des retours de flamme envers la promise (Rosealee) et surtout des après-midi torrides dans l’étable, le grenier ou la voiture avec la Catherine, en jupe ou en jeans, mais toujours prompte à se déshabiller : « Monter à cheval était devenu un euphémisme pour faire l’amour, une parfaite couverture (sic !) dans un milieu où il était si difficile de trouver un alibi que la plupart des amants étaient poussés par le désespoir à la vulgarité » (page 92). Bonjour la métaphore ! C’est du Marc Lévy à l’est de Chicago, du presque banal, vous pouvez le croire. 

Ce livre insipide se lit bien sûr sans difficulté et il n’en reste rien. « Il eut envie de boire du whisky mais la simple idée lui donna aussitôt la nausée ». Cette phrase profonde de la page 100 donne une idée du style fatigué de l’auteur. Jim Harrison a dû l’écrire vite son livre, dans une urgence alimentaire, en piochant simplement dans sa boîte à outils d’écrivain à succès. (Après tout je n’en sais rien…). Nord-Michigan carte.jpg

J’ai tout de même pris soin de mettre une demi-douzaine de petits marque-page au cours de ma lecture, comme faisait Bernard Pivot, mais sans personne à interroger ensuite :

  • « Je ne ferais rien tant que tu ne m’auras pas répondu » (page 73) et « Je ne peux pas me marier tant que je n’aurais pas de travail » (page 82) (confusion classique entre futur et conditionnel présent, qui est peut-être le fait de la traductrice Sara Oudin).
  • « Ses sœurs étaient toutes très excitées quand elles regardaient le taureau s’accoupler par la fenêtre de la cuisine » (page 84). Un taureau qui s’accouple, c’est presque banal ; mais par la fenêtre, ça c’est typiquement américain… Et d’ailleurs pour s’accoupler, il vaut mieux être deux…

Je plaisante ! J’ai cité cette phrase de la page 84 uniquement pour rappeler la différence qu’il faut faire entre :

o   « ses sœurs étaient (toutes) (très excitées) » (où « toutes » fait référence au nombre des sœurs et au fait qu’elles réagissaient pareillement)

o   et « ses sœurs étaient (tout excitées) » (où « tout » est un adverbe invariable qui est synonyme de « beaucoup » ou « très »).

  • « Emmènes donc Rosealee pour un joli voyage de noces… Il y plein de montagnes là-bas » (page 100). Admettons que ce sont des coquilles…
  • et que dire de « dans l’encadrure de la porte » (page 111), au lieu de « encadrement » ?
  • il y a même des phrases incompréhensibles : « il put voir le toit de la maison baigné par le clair de lune et l’allée, en partie de la lumière par les érables, prenait elle aussi des reflets argentés… » (page 167).

Ce livre est donc une grosse déception, et qui rejaillit sur l’auteur, pourtant célèbre et apprécié par moi (voir mon billet du 4 avril 2016). Première conséquence : j’en ai fait un paquet avec « Dalva » et « La route du retour », paquet destiné à une brocante ou à la revente sur internet. Après tout, Pierre Magnan est bien parti pour sa maisonnette de retraite avec seulement les vingt-cinq livres qu’il relisait tout le temps…

04/04/2016

Hommage à Jim Harrison

C’est en avril 1999 que j’ai découvert l’écrivain américain Jim Harrison à travers son roman « Dalva », suite à la lecture d’un article de l’Événement du jeudi (24 septembre 1998) « Les coups de gueule de Big Jim », à l’occasion de son passage en France.

Dalva film.jpgJ’avais noté à l’époque : « Bon roman ; on s’attache à l’histoire de ces Américains non conformistes d’origine indienne. On attend la suite avec impatience ». Les critiques littéraires rattachaient Jim Harrison à l’École du Montana, à l’Amérique profonde, aux grands espaces… Fascinant !

Né dans le Michigan, il aimait les Indiens, les forêts, la chasse et la pêche, les chevaux, la cuisine et, chose sympathique, les vins français. Il tenait Gabriel Garcia-Marquez pour le plus grand écrivain vivant.

Mi-2000, j’ai lu la suite « La route du retour », que j’ai trouvé moins original que « Dalva », un peu « facile », sans beaucoup de rythme. Cependant la fin du roman était poignante.

Cela fait peu comme critique de livre ! Il faut dire qu’il y a quinze ans, je me contentais de tenir à jour l’inventaire de mes lectures mais pas l’exégèse de leur contenu.

Peu après, j’ai commencé la lecture d’un autre auteur américain William Stegner (« Vue cavalière », « La vie obstinée »). J’y ai trouvé de l’humour, du savoir-raconter, des sujets intéressants mais là encore pas de chefs d’œuvre.

Je crois bien que mon incursion dans la littérature américaine s’est achevée avec « La tache » de Philip Roth, bien construit, bien écrit mais trop « américain », trop loin de nous, un roman un peu noir sur la dissimulation et l’injustice.

Cela fait trop peu pour juger la littérature (ne serait-ce que contemporaine) d’un pays grand comme cinquante France… Mais d’un autre côté cela fut suffisant pour que j’en restasse là : les romans américains, c’est comme le cinéma américain et les actrices américaines ; tout est « trop » ; trop de sentiments déballés, trop d’hémoglobine (ou de sauce tomate), trop de voitures trop grosses, trop de sourires et trop de larmes…

Mais je m’éloigne de mon sujet !

Jim Harrison est mort le 26 mars dernier.Jim Harrison.jpg