27/05/2026
Irritations linguistiques : nième épisode...
Les causes d’irritation ne manquent pas quand on observe (et que l’on subit) la façon dont nos concitoyens parlent leur langue (j’exclus de toute critique les personnes – citoyennes françaises ou pas – qui n’ont pas le français comme première langue maternelle) !
Tendance à rendre transitifs des verbes qui ne le sont pas, abus sans raison de termes anglais (ou supposés l’être !), construction de phrases hasardeuse, pléonasmes à gogo, oubli d’accorder le participe passé placé après l’auxiliaire avoir... la liste est longue.
Voici quelques beaux poissons que j’ai pêchés récemment dans les médias :
- « la possibilité de pouvoir faire ceci ou cela »
- « ce qui est intéressant de voir »
- « les infos qui étaient nécessaires d’entendre »
- et l’omniprésent « c’est la raison pour laquelle » (au lieu de, tout simplement, « c’est pour cette raison que »)
À l’irritation subséquente s’ajoute la propension de certains beaux esprits – bien plus compétents que moi, je l’avoue, quant à la langue, son histoire et son étymologie – à nous démontrer que, au XVIIIème siècle, cette faute n’en était pas une, que cet accord est une insulte faite aux femmes, que le bon sens devrait conduire à simplifier cette règle, que les subtilités du français nuisent à la santé du « vivre ensemble », etc., etc.
06/05/2026
Les écrivains et la langue : clin d'œil
J’ai lu – et je l’avais signalé dans un de mes billets – que Jean Giono, dans je ne sais plus quel roman, avait commis le pléonasme « au jour d’aujourd’hui » ; c’était dans les années 50 sans doute... Ce fut à la mode dans les années 2000, j’ai la faiblesse de penser que cette lourdeur inutile tend à disparaître.
Et je viens de découvrir, sous la plume de Pierre Kyria, en 1980, dans son roman « L’heure froide », l’irritant « du coup », au lieu de « donc », « en conséquence » ou autre (page 130 de l’édition France Loisirs). J’ai eu des étudiants qui, sans raison autre que le trac ou l’impréparation, commençaient systématiquement leur exposé par « Du coup »...
J’ai trouvé dans le réseau social LinkedIn ce petit tableau « rageur », qui montre bien que les équivalents corrects ne manquent pas :

Autre citation, autre écrivain, et non des moindres : (Gabrielle Sidonie Colette). Dans « Claudine à Paris » (1901), je lis « J’avais neuf ans et papa m’apportait à Paris, avec lui » (page 25 de l’édition Albin Michel de 1950). Mais, page 35, peut-être se reprend-elle : « Papa, que j’ai orienté sur ma tante Cœur, exprime les jours suivants des velléités de m’emmener chez elle en visite ». Page 37, rechute, si j’ose dire : « Ma pauvre petite Luce sans consistance, trop méchante pour être bonne, trop lâche pour être méchante, je ne pouvais pourtant pas t’apporter avec moi ! ». Et un peu plus bas : « L’homme qui m’emmènera définitivement »...
Comme quoi ces écarts au français « correct », « direct » et « sobre » ne datent pas d’hier !
Ce petit billet d’humeur est sans aucun doute à compléter. Il le sera au gré de mes trouvailles. Entre autres grâce au groupe « Le français, c’est classe » (H. Mignard) et les billets de Floriane Z. dans LinkedIn.
21/07/2024
Irritations linguistiques LXX
La semaine dernière, j’évoquais la traduction paresseuse et donc incorrecte de l’anglais definitely… Mais que dire de eventually ? Bien sûr il ne doit pas se traduire par « éventuellement », ce serait trop simple ! La bonne traduction est : « finalement » ou « en fin de compte ». Tout cela me fait penser au mot anglais opportunity, qui est souvent (malencontreusement) traduit par « opportunité », alors que sa traduction correcte est « possibilité » ou « occasion ». L’opportunité en français, c’est autre chose ; c’est simplement « le fait d’être opportun », c’est-à-dire « le fait de se produire au bon moment » ou « le fait de se produire pour la bonne cause ». À relier à l’opportunisme qui consiste à agir quand il le faut, quand c’est utile ou rentable.
J’ai aussi parlé du « collectif » décliné comme un « individuel » (l’effectif, le personnel d’une Administration ou d’une Entreprise, par exemple). C’est décidément une manie ! Voilà que M. Nunez, Préfet de police de Paris, déclare aux journalistes : « Beaucoup de mobiliers urbains ont été dégradés » ! Deux formulations étaient recevables : soit « Beaucoup de mobilier urbain a été dégradé », soit « Beaucoup de meubles urbains ont été dégradés ». Car nul n’ignore que le mobilier est constitué de meubles.
Horripilant est ce tic verbal qui consiste à terminer une énumération par « et pas que » (que l’on peut comprendre comme une contraction ou plutôt une forme elliptique de « et pas que cela »). N’est-ce pas plus simple de dire « et pas uniquement » ? On ne chipotera pas ici sur le « pas », contraction de la forme négative « non pas » dans laquelle la négation est portée par « non » et nullement par « pas »…
Encore le souci de ne pas se compliquer la vie dans la disparition accélérée de la forme interrogative ; pas un journaliste qui ne demande à son interlocuteur : « Dans quelle majorité parlementaire vous vous situez ? », au lieu de « vous situez-vous »…
Que ne ferait-on pour paraître moderne, jeune, pragmatique… !


