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08/07/2019

Petite lettre d'un livre aux GAFAM (Clara Dupont-Monod)

Dans le Marianne du 29 mars 2019, j’ai lu un amusant billet de Clara Dupont-Monod qui imagine écrire, au nom d’un livre, aux GAFAM (les fameuses multinationales, Google and co.). On y apprend que, selon un sondage commandité par le Centre national du livre, 88 % des Français se déclarent lecteurs et curieux des genres littéraires (fiction, policier, poésie, etc.) puisqu’ils en ont testé plus de six en un an. La moitié des jeunes de 15 à 24 ans ont lu un classique et adorent les ouvrages sur l’histoire ! Pour 93 % des Français, lecture rime avec loisir et avec plaisir. Enfin, un Français sur quatre ne jure que par le livre-papier (j’en fais partie ; comme dirait l’autre, à quoi sert de se trimbaler dans le métro avec une liseuse qui contient mille textes ? à se la faire voler ?).

Et l’excellente Clara (que l’on peut également entendre sur France Inter) de conclure : « Avant d’être une éponge à applis, un pigeon dont on revend les données personnelles ou un avaleur d’images débiles, un Français, c’est d’abord un lecteur ».

Et j’ajoute : ça fait cinq siècles que ça dure.

17/06/2019

Nouvelles du front (linguistique) X

Lu dans Le Figaro.fr le 24 mai 2019, cet article de Claire Conruyt, rapportant une information du quotidien The Times, reproduisant lui-même un avis de l’agence de recrutement Indeed (ouf !) : les employeurs britanniques exigent plus souvent la maîtrise de l’allemand que celle du français lors de leurs recrutements.

Et la journaliste de parler de « désamour du français au profit de l’allemand » et d’en imputer la cause à la situation économique britannique, elle-même conséquence du Brexit annoncé (et encore jamais acté)… Évidemment ! On nous refait le coup du référendum de 2005, non plus pour nous faire accepter un projet de constitution néo-libérale mais pour nous empêcher d’imaginer quitter un jour cette Union européenne où il fait bon vivre.

Mais quels sont les chiffres ? « Sur un million de postes, 1 221 avaient pour condition la maîtrise de l’allemand. En deuxième position venait le français : soit 1 152 postes ». Si l’on compte bien, cela fait une différence de 69 postes, sur 1M, soit 0,007 % ! N’est-ce pas une tempête dans un verre d’eau ?

Plus inquiétant peut-être est la dynamique : « +11,6 % ces dernières années pour les postes exigeant l’allemand, contre seulement +1,2 % pour celles exigeant le français ». Comme on le voit, la statistique est précise...

Mais notre journaliste semble siffler la fin du match sur un score nul puisqu’elle note : « L’étude des options allemand et français dégringole. Comme le précise The Times, le nombre d’élèves britanniques préparant le GCSE ou le A-level – des examens qui ont lieu au cours des deux dernières années de leur éducation secondaire – a baissé d’un tiers par rapport à 2013. Entre 2017 et 2018, l’étude des options allemand et français a baissé de 29 % ». Bon, les Anglais, peu gourmands de langues étrangères car n’en ayant pas besoin et les apprenant de moins en moins, au moment de quitter un espace où ils les entendaient de temps à autre, est-ce vraiment une surprise ?

Finalement le plus intéressant dans cet article, ce sont les commentaires de quelques-uns de ses lecteurs ; certains calculent les pourcentages, relativisent, trouvent l’article mal construit, peu convaincant et son titre racoleur et alambiqué, tandis que la plupart s’auto-flagellent, accusent nos gouvernants (surtout socialistes !) et justifient, en citant Schopenhauer, les moqueries dont la France serait l’objet en Europe.

Concernant la qualité de l’article, on ne peut que leur donner raison car il est loin de respecter aussi bien la structure thèse-antithèse-synthèse qu’un squelette QUI-QUOI-QUAND-COMMENT et encore moins la logique d’une démonstration… C’est « en vrac ».

Et c’est sans parler de la typographie dont la journaliste (ou ses relecteurs) semble ignorer les règles minimales : un espace (insécable) avant « : » et avant « % », un espace (insécable) avant « et après », pas d’espace avant « . ».

13/04/2018

"Génération J'ai le droit" (Barbara Lefebvre) : critique V

Pour faire bonne mesure, Barbara Lefebvre renvoie la droite et la gauche (françaises) dos à dos : « Elle (la gauche) a joui sans entraves des bienfaits de cet élitisme bourgeois qu’elle adore détester mais qu’elle incarne avec une morgue sans égal. (La droite) a la vertu de l’assumer (le système de privilèges) au nom d’un libéralisme dévoyé et d’un individualisme vénal presque revendiqué » (page 88).

Et voici, page 93, après un commentaire des innombrables enquêtes qui déferlent dans les médias chaque année, ce qui concerne directement ce blogue : « Il suffit de lire les bandeaux déroulants sur les chaînes d’info en continu ou les tweets de tel ou tel conseiller ministériel, tous écrits précipitamment et sans relecture, pour constater l’état de la maîtrise orthographique, en particulier l’orthographe grammaticale ».

« L’abrutissement général est équitablement réparti, ce qui doit réjouir les gardiens du temple : l’égalité des malchances, c’est déjà de l’égalité ! » (page 94).

Les résultats des enquêtes de diverses origines sont concordants et accablants pour le système éducatif français ; à ce constat calamiteux, trois causes : les méthodes d’apprentissage, les programmes et la formation des maîtres. Un sans-faute dans l’erreur, sauvé par un déni persistant !

L’idée d’un « socle de compétences théoriques, réflexives et pratiques fondamentales » date de l’allongement de la scolarité obligatoire à 16 ans, c’est-à-dire de 1967, et pourtant nous n’en avons entendu parler qu’au moment des célèbres définitions des pédagogistes pour les verbes « nager » ou « courir »… Et encore, cela a popularisé la notion de compétence (et fait rigoler la France entière) mais non pas la notion de « fondamental » ou de « minimal ». Barbara Lefebvre nous apprend que, dans ce domaine comme dans d’autres, le traité de Maastricht nous a livrés à l’autorité de la Commission européenne et que Pierre Bourdieu, chargé par François Mitterrand d’élaborer un rapport sur l’école, a emboîté les pas des libéraux européens fédéralistes. Un comble !

Ce n’est pas tout : l’éparpillement des micro-compétences dans plusieurs domaines simultanés a ouvert la porte à la fameuse interdisciplinarité, prélude aux projets EPI de Mme Belkacem.

Et le tout transforme peu à peu l’école en productrice de futurs consommateurs et de « main d’œuvre docile, flexible et qualifiée en fonction des besoins du marché du travail » (page 101).

Incroyable mais vrai, le chapitre se termine par une allusion au Michel Houellebecq de « La possibilité d’une île ».

Encore un coup de la synchronicité !