31/03/2015
Irritations X
Ça a commencé tôt ce matin, en partant de chez moi : je tombe sur une voiture d’artisan avec l’enseigne « Maisonning » (je ne sais plus s’il a écrit le mot avec deux « n » ou avec un seul mais peu importe). Ainsi donc, il n’y a pas qu’Inès de la Fressange ou les consultants en informatique qui usent et abusent du franglais ; le premier artisan venu, sans doute pour se différencier, ainsi que le lui a conseillé sa Chambre des métiers, invente lui aussi des mots à consonance anglaise ! Style !
Franchement, la liberté a bon dos ; il devrait être interdit de déposer des marques comme celle-là et d’afficher des enseignes en franglais (ou écrites délibérément avec des graphies modifiées, comme par exemple electronic à la place d’électronique). Vous vous rappelez sûrement mon enquête à La Défense à ce sujet.
De même les publicités – télévisuelles et par affichage – devraient-elles être censurées sans pitié quand l’anglais ne se justifie pas, et c’est le cas la plupart du temps.
Et on voudrait que nos enfants maîtrisent l’orthographe ?
Une seule riposte chers lecteurs : adhérez à une association de défense de la langue française et protestez par écrit chaque fois que nécessaire, par lettre ou courriel auprès de ces annonceurs, commerçants et vendeurs inconscients.
En rentrant chez moi, je tombe sur le Figaro ; bon, c’est vrai que je ne suis pas obligé…
Dans les Brèves du cahier « Le Figaro et vous », je lis que Gilbert Collard, député du Gard, va publier un Dictionnaire, qu’il justifie par la déclaration suivante : « Nous sommes dans un univers construit par des mots issus d’un vocabulaire politiquement correct de gauche. Or, imposer ses mots, c’est imposer ses idées ».
Malheureusement, cette dernière phrase est vraie ; c’est presque du Mao Tsé Toung !
Et il ajoute que c’est un danger pour la démocratie. C’est vrai aussi mais pas dans le sens auquel il pense.
13:32 Publié dans Vocabulaire, néologismes, langues minoritaires | Lien permanent | Commentaires (0)
05/11/2014
Y Académie-sionner !
Dans son numéro du 4 décembre 2003, le Nouvel Observateur, sous la plume de Jacques Drillon, et sous les prétextes fortuitement jumelés que l’on republiait le Dictionnaire de Furetière (1690) et qu’elle en était péniblement à la lettre R, descendait en flamme notre Académie française.
Quel était l’argument de cet article ? que l’Académie, depuis le tout début, n’en finissait pas de prendre du retard dans son fameux dictionnaire, qui faisait l’objet de l’une des trois missions à elle conférée par le Cardinal, avec une grammaire (publiée seulement en 1932) et une rhétorique (jamais réalisée).
La première édition du dictionnaire tarde tellement que Furetière, lui-même académicien, publie le sien, ce qui évidemment provoque un scandale. Et il est exclu. L’Académie est « juge du langage par essence et en droit » (Maurice Druon, 1995). Elle est là pour « donner des règles certaines à notre langue » (statuts de 1635) ! Elle fait et refait, depuis, perpétuellement son dictionnaire, qui, jusqu’en 1992, n’était ni encyclopédique, ni historique, ni analogique, ni même étymologique.
Elle avait également mis en chantier un Dictionnaire historique de la langue française au XIXè siècle, qui fut abandonné au bout de soixante années de labeur sur la lettre A !
J. Drillon écrit : « Cela fait bien longtemps maintenant que nul, les Quarante Immortels mis à part, ne croit plus qu’on puisse légiférer, fût-ce en matière d’orthographe ». Il a le droit de le penser. Mais quand il ajoute que : « si Furetière est encore une référence, ce que l’Académie n’avait pas réussi à être, c’est qu’il constatait plus l’état d’une langue, comme le fait aujourd’hui le Robert ou le Trésor de la langue française, qu’il ne proclamait ce qu’elle devait être », on voit où est la démission ! Car le Robert, même animé par des lexicographes émérites, est une entreprise commerciale – il faut vendre une édition chaque année – et le Trésor est un outil de recherche à la base, que l’Académie utilise d’ailleurs aujourd’hui.
Et de moquer certaines décisions de l’Académie… Par exemple, de recommander le verbe « curer » pour les ongles et « récurer » pour un fossé, ou de refuser « récré » comme diminutif de récréation, par crainte d’être obligé d’accepter « gym » et « prof » (c’est ma prof. de gym. qui serait contente… cf. le billet du 5 juillet 2014). Certes…
Mais le Dictionnaire de l’Académie n’est pas un dictionnaire comme les autres. Ayant la durée devant lui – et même l’éternité – il peut se permettre un travail en profondeur à un train de sénateur, l’usage consacrant un mot n’étant pas un critère suffisant pour l’accepter. Et il n’est pas mauvais que de beaux esprits puissent prendre le temps de réfléchir. Pas besoin d’acheter un dictionnaire récent pour savoir si pet sitting ou le pitch d’une émission y figure… il n’y a qu’à attendre que les snobs et les journalistes s’entichent d’un nouveau mot et oublient ceux-là !
On peut regretter, sans doute, que Littré, autre Académicien, ait aussi été conduit à publier son dictionnaire… et qu’il n’y ait pas alliance ou au moins collaboration avec les Larousse, Robert, Rey et Rey-Debove…
Mais quand J. Drillon trouve que l’Académie pourrait jouer son rôle dans la lutte désespérée qui oppose le français à l’anglais, « en entérinant la francisation des mots anglo-saxons, seule manière de conserver à la langue sa cohérence », on se frotte les yeux pour savoir si on ne rêve pas ! Connaît-il quelque chose au problème ?
Il épingle épinglette, terme recommandé à la place de pin’s et meneur pour leader, lui préférant « lideur »… et conclut que « c’est ainsi que la langue française devient totalement incohérente et qu’elle ne respecte même plus ses propres règles de prononciation, alors qu’elle aurait pu absorber le mot anglais sans dommage » (sic !).
Reste une solution : coopter Jacques Drillon à l’Académie française.
08:00 Publié dans Vocabulaire, néologismes, langues minoritaires | Lien permanent | Commentaires (0)
31/10/2014
Her Majesty's a pretty nice girl (II)
J’attaque donc cet article « Word watching : le mot juste », qui parle des mots français en anglais.
Passons sur les mots qui datent de la conquête et qui, avec une graphie plus ou moins transformée, sont complètement intégrés à l’anglais moderne : castle, prison, war…
Voici maintenant des mots utilisés tels quels, dans le même sens que chez nous : au fond, fait accompli, badinage, blasé, chic, cliché, débâcle, déjà vu (rappelons-nous Four way street de CSN&Y !), ennui, lingerie, née, passé, précis, recherché, touché !.
Je ne sais pas s’il y a des lycéens nuls en anglais dans les lecteurs de ce blogue mais si oui, voilà, jeunes gens, de vrais-faux faux-amis, c’est-à-dire des mots français simples que vous avez le droit d’utiliser tels quels en anglais ; par exemple, lors de vos voyages linguistiques outre-Manche, les mots « badinage » et « lingerie » peuvent se révéler utiles… Je n’irai pas jusqu’à dire que « fait accompli » aussi… Peut-être perdrez-vous alors la détestable habitude de traduire actually par actuellement, definitely par définitivement et eventually par éventuellement ?
Notre érudit anglais reconnaît que, en anglais aussi, l’usage de termes français alors qu’il existe des équivalents anglais, relève du pur snobisme ; il cite ainsi : joie de vivre au lieu de joy of living, nouveaux riches (the new rich), en passant (in passing), façon de parler (a manner of speaking), faute de mieux (for want of anything better).
On arrive au cœur du sujet quand il attribue la nécessité d’utiliser des mots français, à la perception que les Français seraient les meilleurs dans le domaine considéré. On connaît cette tarte à la crème : la cuisine et le vin. On trouve là des mots sans équivalents en anglais : à la carte, table d’hôte, bain-marie, hors d’œuvre, flambé, fricassée, sauté, (sauce) hollandaise, vin de pays, premier cru, chambré. L’auteur cite aussi « haute cuisine » et « prix fixe » mais franchement, je ne vois pas à quoi cela correspond…
Il paraît que les Anglais utilisent assez souvent les mots suivants, dans le domaine des arts et du sport : avant-garde, roman à clef, trompe-l’œil, objet d’art, pas de deux, concours d’élégance, grand prix, musique concrète, cinéma-vérité, nouvelle vague (à égalité avec New Wave), après-ski (à égalité avec after-ski).
Il y a une autre catégorie de mots français, qui cohabitent, dans un sens différent, avec leur traduction littérale en anglais (NDLR : un peu comme week-end et fin de semaine en français) : fin de siècle désigne la fin du XIXè siècle, et non pas d’un autre ; un ménage à trois désigne le mari, l’épouse et l’amant (ou la maîtresse), et non pas deux parents avec leur enfant unique ni trois sœurs ; faux pas est utilisé uniquement dans le domaine social, contrairement à false step qui est un pas dans la mauvaise direction ; un bon mot n’est pas, comme a good word, un mot « qui convient » ; un enfant terrible n’est pas un enfant mais un adulte qui ne respecte pas les convenances ; sang froid a le même sens qu’en français, alors que cold blood signifie insensibilité. Il y a aussi carte blanche, bête noire, cul-de-sac… C’était la catégorie des faux amis.
Certains mots français n’ont absolument aucun équivalent en anglais : pied-à-terre, au pair, raison d’être…
Mais Messieurs les Anglais, quand ils empruntent des mots au français, n’hésitent pas à les noyer dans la syntaxe anglaise ; par exemple RSVP (répondre s’il vous plaît) est utilisé comme un verbe (I haven’t RSVP’ed yet !) ; ou à les déformer : « bons viveurs » au lieu de bons vivants.
Pour conclure, l’auteur prétend que la liste exhaustive des termes français empruntés par l’anglais occuperait un volume de taille respectable… Peut-être, mais qu’il s’intéresse un peu au franglais de chez nous, ne serait-ce qu’à la radio et à la télévision. L. Arquié, sans citer de sources, rapporte le chiffre de 40 % de mots d'origine française en anglais. Mais je pense qu'il englobe toutes les catégories de mots cités plus haut (y compris donc les mots transformés et intégrés) et que cette intégration est ancienne. C'est l'histoire de l'anglais suite à l'invasion de Guillaume le conquérant. À l'époque, les Saxons ont dû réagir comme nous dans ce blogue : trop, c'est trop !
Encore une fois, et au risque de lasser, ce n’est pas l’emprunt qui pose problème ; c’est la dose. Le Français est drogué au franglais et n’arrive pas à apprendre l’anglais. C’est peut-être quand la Chine aura conquis la première place dans la mondialisation heureuse, que tout changera… En attendant, elle achète des palaces et des vignobles ; toujours la cuisine et le vin, on n’en sort pas !
08:00 Publié dans Vocabulaire, néologismes, langues minoritaires | Lien permanent | Commentaires (0)


