27/12/2014
Dis pas ci, dis pas ça (X)
Si je me limitais au « G » aujourd’hui, je n’aurais que deux mots à vous signaler…
D’abord gérer, qui est devenu un mot passe-partout : à la fois ça fait bien (moderne) de « gérer », et ça dispense de chercher le mot juste, pour aller vite (encore une fois, moins on cherche le mot juste, plus on perd l’habitude de le trouver !). On peut naturellement « gérer ses affaires », on peut gérer tout ce qui est matériel, dans le sens de « administrer », « veiller à la bonne marche de ». Mais évitons d’utiliser « gérer » pour son divorce (là, il y a une solution : ne pas divorcer…), pour ses échecs, ses doutes et, pis encore, ses enfants (là aussi, il y a une solution mais ce serait dommage de ne pas en avoir). Pire que tout, l’ellipse « je gère »…
Ensuite, « gré » : on sait gré à quelqu’un de…, on saurait gré, on saura gré et non pas « on sait gré » ! « Gré » s’emploie avec le verbe « savoir » et non pas avec l’auxiliaire « être ».
Du coup, j’enchaîne avec le « h ».
Je commence avec les liaisons dangereuses : il y a des « h » d’origine germanique qui sont aspirés et des « h » d’origine gréco-latine qui ne le sont pas. Le « h » de « haricot », comme celui de « handicap », est aspiré, il interdit donc la liaison, au singulier comme au pluriel, et cela a des conséquences sur la graphie aussi bien que sur la prononciation : on écrira « le haricot » et « un beau haricot » (et non pas « l’haricot » et « le bel haricot »).
« Impacter » est encore une forme inspirée de l’anglais ; ne l’employons pas à la place de « affecter » ou « modifier ».
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25/12/2014
Dis pas ci, dis pas ça (IX)
À la lettre N, l’Académie ne parle pas de Noël… Elle ne dit pas grand-chose d’ailleurs ; ça tombe bien, vous avez mal à la tête, le billet sera court.
Pas, point, guère, jamais… ne sont pas vraiment des marques de négation (pas plus que goutte, mie, etc. que l’on utilisait auparavant). La vraie marque de négation, c’est « ne », qui s’emploie en association avec l’un des mots précédents. « Je ne veux pas », « Je ne sais pas », et non pas « Je veux pas », « Je sais pas » comme on l’entend souvent. L’Académie, qui est souvent bonne fille, parle ici de « véritable faute ». À bon entendeur…
Je vous fais grâce de l’accord par syllepse… Vous savez, la question de savoir si on dit « Une quinzaine d’euros suffiront » ou bien « Une quinzaine d’euros suffira ». Retenez que, en pratique, on fait ce qu’on veut.
Contrairement à ce que l’on dit souvent, « aller en Avignon » n’est pas une forme recommandée mais une survivance du provençal, qui distinguait, comme le latin et l’allemand, « être à » et « aller à » et remplaçait le « a » du deuxième cas par un « an » euphonique. Il n’est donc pas question de généraliser cette forme à Amiens ni Arras.
Enfin, l’Académie recommande de ne pas abuser des constructions américaines avec « non » pour créer des mots nouveaux : oublions « non-profit », « non-événement » et autres « non-match ». Remarquons qu’un tiret relie les deux mots. Personnellement, quand « non » précède un adjectif (« une algèbre non commutative »), je ne mets pas de tiret.
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23/12/2014
Dis pas ci, dis pas ça (VIII)
La lettre F du bréviaire commence par un tic franglais typique : imiter les formules américaines. En l’occurrence, le fameux « ça fait sens », qui n’a aucune justification puisqu’en français, nous avons « ça a du sens ». Pas besoin non plus de « ça fait problème », il nous suffit de dire « ça pose un problème » ou « ça va poser un problème », « ça crée un problème », « ça constitue un problème ».
F comme « femmes »… L’Académie consacre un long paragraphe à l’opportunité et la faisabilité de féminiser les titres et les métiers. C’est amusant quant à l’histoire des idées et de la langue : grosso modo, les Pouvoirs publics, gouvernements de gauche en tête, sont pour et l’Académie est contre, avec un argument habile à défaut d’être complètement convaincant (« C’est le féminin qui est le genre de la discrimination » !). Il faudrait mettre cela sous les beaux yeux de Najat…
Plus exactement, l’Académie est pour une féminisation prudente et limitée, respectant les règles de la langue. Donc, banco pour institutrice, laborantine, écuyère et chercheuse ; haro sur chercheure, professeure ou auteure car le féminin des mots en –eur est –euse ou –trice. Et, concernant les titres, grades et fonctions, elle est carrément opposée à leur féminisation et prêche pour le « genre non marqué ». L’incohérence linguistique menace !
Mes lecteurs se doutent bien que « finaliser », employé comme l’anglais to finalize (achever, conclure, terminer), est banni. Mais ils ignorent peut-être que, dans les sciences humaines, il est autorisé, dans le sens de « assigner un but à quelque chose ».
Pour contrecarrer l’expansion de l’affreux mot flyer, l’Académie raconte un fait d’histoire émouvant : au XIXe siècle, les Grecs, en lutte pour leur indépendance, avaient appelé d’une expression française, « feuilles volantes », les tracts que les intellectuels français Hugo, Chateaubriand, Lamartine et l’imprimeur Firmin Didot leur avaient permis d’imprimer pour appeler au soulèvement. On peut aussi utiliser « prospectus » mais ce serait dommage de ne pas renvoyer l’ascenseur à nos amis grecs, inventeurs de la démocratie.
Pour terminer ce chapitre, j’avoue que j’ai été étonné qu’il n’aborde pas le cas du substantif « futur », calque de l’anglais future… Quelqu’un m’a dit un jour qu’il ne voyait pas le problème, puisque « le futur » pouvait correspondre à « futur » comme « le passé » correspond à « passé ». Mouais… sauf qu’en français, on dit l’avenir !
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