14/10/2014
Courage, on n'est pas seuls
L’hebdomadaire Marianne, dans son numéro du 3 au 9 octobre 2014, écrit dans la péroraison de la chronique de Jack Dion (d’ailleurs pourquoi pas Jacques Dion ?) : « On célèbre la francophonie, au point d’écrire un rapport par an sur le sujet. On rappelle que la langue française est la quatrième parlée au monde. Mais on laisse le sabir anglo-saxon envahir l’univers quotidien et formater les esprits.
On en demandera pardon à nos cousins québécois, placés en première ligne, qui savent que le verbe résister se conjugue aussi au présent ».
Et de citer une trentaine de mots franglais, dont, j’avoue, je ne connaissais pas la moitié (tant mieux pour moi). Voici l’article entier :

Coup de chapeau également à la revue financière « Le Revenu » qui a introduit un critère « abus du franglais » dans son évaluation des sites internet des sociétés du CAC 40 (voir extrait de son numéro 1297 du 9 octobre 2014 ci-dessous).

C’est dire, d’une part que le mal est grave et d’autre part que nous ne sommes pas seuls, que certains journalistes et honnêtes hommes des temps modernes sont de notre côté, nous autres qui résistons…
Courage, Astérix !
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12/10/2014
On peut pas être à la fois Jean Dutourd et Jean Moulin ?
En 2007, Renaud Séchan terminait sa chanson « Socialiste » par cette phrase : « On peut pas être à la fois Jean Dutourd et Jean Moulin ».
C’était « vache » pour Jean Dutourd (1920-2011), ancien résistant et académicien, auteur du célèbre « Au bon beurre, chronique des Français sous l’Occupation », ronchon patenté et habitué des « Grosses Têtes » de Philippe Bouvard !
Pour ce qui nous concerne, Jean Dutourd, membre de l’association « Défense de la langue française », était un aîné en francophonie !
Il a bougonné contre l’abâtardissement de la langue il y a déjà longtemps et a tenu la rubrique « Le bon français » dans le Figaro.
Il a publié en 1999 un livre décapant : « À la recherche du français perdu » (Plon). À noter que l’éditeur, bizarrement, avait écrit « Français » (avec une majuscule) et non pas « français » sur la couverture…
Dans son premier chapitre, intitulé « L’état de siège », il écrivait :
« Il y a plusieurs raisons à cela. La plus grande est le snobisme. Les Français s’évertuent à utiliser des mots américains (ou américanomorphes), non certes dans le but d’apprendre l’anglais, idiome, du reste, auquel leur gosier est étrangement réfractaire, ni dans celui de communiquer avec d’éventuels Anglo-Saxons, mais pour épater les autres Français. Savoir l’anglais (ou faire semblant) est une espèce de luxe, une espèce de supériorité sociale…
Il y a quelque chose de magique dans ce qu’Étiemble appelait le « sabir atlantique ». La magie de ce qu’on ne comprend pas.
Même remarque en ce qui concerne le galimatias pédant, où fleurissent les problématiques, les thématiques et mille autres belles choses inaccessibles aux esprits simples.
Même remarque encore à propos du charabia administratif et de la langue de bois des politiciens…
Jusqu’en 1940, il n’y avait rien de mieux au monde que la France, que le génie français, que la langue française. Ce chauvinisme était irritant, j’en conviens, mais il était sain, car il est sain pour un pays de s’admirer et il ne l’est pas de se dénigrer…
… Nous sommes devenus l’humilité même, nous nous mettons au dernier rang des nations, nous renions tout : nos grands hommes, notre passé, notre histoire, nos chefs d’œuvre, l’architecture de nos villes, que nous écrasons sous des gratte-ciel, notre littérature. Nous renions notre langage, qui est notre dernier trésor. Nous ne sommes pas encore remis d’avoir perdu la guerre de 1940, que les Américains, les Anglais et les Russes et le général de Gaulle ont gagnée à notre place."
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05/10/2014
Irritations III
S’il fait des voitures comme il parle français, il aura des problèmes ; s’il parle à ses interlocuteurs professionnels comme il parle au grand public, il en aura aussi ; entendu Carlos Ghosn sur France Inter le 1er octobre 2014, à 8 h 25, dire d’un ton sentencieux : « le crossover est une version moderne du SUV »…
Entendu une mère d’élève déclarer sur France 2 : « pour les gamins, en 6ème, c’est juste une horreur »…
Entendu dans la série Downton Abbey : « merci de nous avoir aidés sur la ferme » (au lieu de « à la ferme »). Ce n’est qu’une traduction bien sûr mais ça renseigne sur la langue que parlent les traducteurs… sauf que, en anglais, ils disent peut-être « on the farm » (y a-t-il un prof. d’anglais dans mes lecteurs ?). Ceci expliquerait alors cela !
Entendu à la télé, je ne sais plus où, je ne sais plus quand : « ça leur permet de pouvoir réparer tel ou tel truc ».
Le 6 octobre 2014, c'est le Président de la République (François Hollande) qui déclare, avec son habituel langage technocratique : "Nous sommes en situation de pouvoir soigner…"… Quelle redondance ! pourquoi pas, tout simplement « ça leur permet de réparer… » et "nous pouvons (ou nous savons( soigner…" ?
Entendu une jeune germanophone proclamer : « manque de chance, j’ai booké mon cours de danse justement ce samedi-là ». Pourquoi pas « j’ai réservé » ou « j’ai programmé » ou « j’ai fixé » ?
le 7 octobre 2014, dans le 7-9 de la matinale de France Inter, une journaliste conclut, à propos de Clémentine Autain : "Elle n'est définitivement pas pro-business", en référence à une déclaration de Manuel Valls à la City de Londres. Snobisme de Parisienne branchée qui feint de ne pas savoir que "définitivement" n'est pas la traduction du definitely anglais (qui veut dire "vraiment" ou "absolument")...
Loin de l’Académie, loin du Journal officiel, loin de Claude Hagège et d’Henriette Walter, les Français parlent une langue un peu bâtarde et approximative, comme elle vient…
C’est « la langue de chez vous », à laquelle je vais consacrer un prochain billet (et non pas le billet suivant, contrairement à la confusion permanente entre les deux adjectifs que font vos animateurs préférés du PAF : « et Machine va nous interpréter la prochaine chanson » au lieu de « la chanson suivante »…), après avoir écouté l’émission "Carnet de campagne" le 22 septembre dernier.
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