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13/02/2015

Il ou elle-ment

L'adverbe a la cote, semble-t-il...

Je connaissais le fameux "possiblement" de Jacques Brel, qui n'est pas dans mes dictionnaires et dont je ne sais toujours pas s'il est licence poétique ou wallonisme.

Il y a les sempiternelles réponses "absolument", "carrément", "totalement", aux questions "ça va ?" ou "tu es partant ?".

Quand j'étais enfant, dans les Vosges, on disait : "Elle est rudement belle".

Récemment (!), j'ai noté, dans la bouche d'Hélène Jouan (France Inter, le téléphone sonne, 11 février 2015), le mot "urgemment", pour dire "de façon urgente". Toujours cette obsession d'aller vite...

Il est vrai qu'a contrario, on entend à longueur de journée l'adjectif "juste" utilisé, comme un adverbe, à la place de "tout simplement".

Voilà, c'était tout bêtement un coup de projecteur (et non pas un focus !) sur les adverbes dans le langage quotidien, qui demande à être enrichi. Je compte sur vous.

10/02/2015

"Bien à vous" et autres cocasseries

HB nous a signalé, via un réseau social professionnel, un article déjà ancien de Marie-Joseph Bertini (Libération du 17 janvier 2007) qui décortique le sempiternel "Bien à vous" ou "Bien à toi" qui orne la péroraison de nos courriels, ou plutôt des courriels ou missives de certaines personnes.

L'auteur, spécialiste de communication, prétend que, comme les formulations préhistoriques "veuillez agréer…", "salutations distinguées" et "sentiments les meilleurs" et comme la plus récente "cordialement", cette nouvelle formule signifie en fait l'inverse de ce que l'on ressent, à savoir : aucune cordialité, aucun sentiment, aucune considération, etc.

À notre époque d'individualisme forcené, c'est quand même "gonflé" de prétendre à "une dépossession de soi tout entière tournée vers l'autre et sa satisfaction espérée"…, qui est censée être traduite par le "bien à vous".

Certes ! Les formules de politesse - et la politesse tout court ? - ont toujours été tant soit peu de l'hypocrisie mais, en même temps, un moyen de "huiler" les rapports sociaux.

Le phénomène le plus nouveau est peut-être qu'avec la généralisation et la banalisation des outils numériques, tout le monde utilise la même formule "bateau", sans plus se préoccuper, comme auparavant, de choisir la plus adaptée (ou la plus hypocrite) selon que l'on s'adresse à un puissant ou à un misérable...

 

Sinon, quoi de neuf ? des perles et du langage passé à l'eau de Javel...

J'ai entendu mille fois :

- "C'est moi qui l'a fait installer" (sur France 2, le 9 janvier 2015, à propos d'une cuisine),

- "C'est moi que je fais le cours aujourd'hui" (là où j'étais en vacances),

- "le souking" (idem, pour dire "flâner dans les souks"),

- "les filles, ils viendront plus tard" (rien à voir avec le Carlton),

- "le mistral est prévu de se renforcer demain" (sur France 3, le 7 février 2015),

- "obnibuler" (Fabrice Lucchini, le Divan de France 3 le 3 février 2015),

- "être en capacité de…" (le Président !),

et ce matin, dans la Presse : "les flics ont été rafalés".

La vie est belle, kôa !

09/02/2015

Dis pas ci, dis pas ça (XXIV)

Paon.jpg

 

Au mot « sublimer », vous constatez donc que l’on arrive à la lettre S, l’Académie nous livre cette tirade que je recopie, ne sachant pas comment faire mieux : « Les mots perdent leur force s’ils sont mal employés. La publicité recourt volontiers à l’emphase et donne ainsi l’impression de n’avoir pas confiance dans les mots ordinaires, à moins que ce ne soit dans les produits qu’elle vante et qu’elle se croit obligée de parer des plumes du paon ». Tout est dit ; c’est la subversion made in Quai Conti.

 

J’adore les nuances et les connotations. Le français est idéal pour cela. Voyons les deux phrases suivantes :

« C’est le plus jeune conseiller qui a été élu maire » (la relative est à l’indicatif) et « C’est le plus jeune conseiller qui ait été élu maire » (la relative est au subjonctif). Dans la première, on constate que c’est le plus jeune qui a été élu ; dans la seconde, on souligne qu’on n’a jamais élu un conseiller plus jeune comme maire.

 

Le subjonctif dans la phrase relative, d’une façon générale, sert à indiquer la virtualité, la réalisation non certaine : « Connaissez-vous quelqu’un qui puisse m’aider ? » et a contrario « Je connais quelqu’un qui peut vous aider ».

Dans la correspondance, on écrira « pour faire suite à » lorsqu’on se réfère à une lettre qu’on a écrite soi-même antérieurement ; et on écrira « en réponse à » dans les autres cas.

« Je reviens de suite » n’a pas de sens car « de suite » signifie « l’un après l’autre ». On dira « Je reviens tout de suite ».