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03/04/2015

Respectez nos paysages

J’ai appris l’existence de l’association « Paysages de France » dans la revue Alternatives économiques (numéro de février 2015, je crois).

Panneau publicitaire.jpgSon président, Pierre-Jean Delahousse (notez le tiret entre Pierre et Jean, c’est un seul prénom, à la mode française et même européenne ; sachant qu’il s’agit d’une inversion qui semble « gratuite », du prénom classique Jean-Pierre…) y dénonce les infractions très nombreuses à la loi, que commettent les afficheurs et la grande distribution, en plantant « des panneaux publicitaires, parfois gigantesques, jusque dans les parcs naturels régionaux et des enseignes au sol dont la hauteur excède parfois de 400 % la taille maximale autorisée par le code de l’environnement ».

 

 

Il pointe aussi du doigt la complicité de nombreux préfets qui refusent de mettre en œuvre les dispositionsPaysage de France à Grenoble.png prévues pour faire cesser les infractions, alors même que l’association a obtenu 80 jugements en sa faveur. Et n’est-ce pas le plus grave ? C’est comme dans les films d’action : le voleur est le voleur mais si le gendarme devient voleur à son tour, on ne peut plus avoir confiance en rien ni personne… On nous bassine avec le soutien aux entreprises, avec les charges excessives qu’elles supportent, avec la nécessaire suppression de toute contrainte, avec les subventions sans contrepartie dont elles doivent bénéficier… pourquoi pas… Et quand elles enfreignent la loi, on ne les sanctionne pas non plus ?

 

Paysage-vignoble-automne-P-3530.jpgL’affichage peut avoir des effets dévastateurs sur le paysage. Et il n’y a pas que les chiffres d’affaire, la consommation et le PIB ! Il y a aussi la douceur de vivre, l’environnement dégagé et pur, le calme, le repos des yeux et des oreilles, et de beaux paysages avec pour seule parure, la nature…

 

Notre Pierre-Jean remarque qu’aucun afficheur n’a jamais installé de panneau dans son propre jardin. En revanche, chez les autres, ils savent faire et ils aiment.

 

Écoutons-le : « La publicité, dans son véritable sens, consiste simplement à rendre public, à faire connaître. Et même à ouvrir les yeux ». Non pas à polluer et à nous rendre débiles.

 

J’ajoute, pour revenir à l’objet de ce blogue, que ces panneaux illégaux sont aussi des repères à franglais, à formules attrape-nous, à jeunes femmes en maillot de bain pour vendre des voitures, à mensonges par omission et à contre-vérités.

 

À nous de montrer à ces marques et à ces publicitaires que leur invasion de nos espaces vitaux se retourne contre eux.

 

PS. Voir ici l’article de Radio Canada sur les succès de l’association à Grenoble :

http://paysagesdefrance.org/IMG/pdf/2015-03-07-radio-cana...

 

01/04/2015

Figaro et Figara

Comme j’ai cinq minutes – plus, ce serait péché – je feuillette le (gros) cahier « So Figaro », dont le titre aujourd’hui est « JEUX DE GENRE, la mode se décline au féminin comme au masculin ». Et d’aligner des pages et des pages, des photos et des photos, pour nous convaincre que le mieux du mieux aujourd’hui, c’est que les femmes s’habillent et se parfument comme les hommes et lycée de Versailles !

 

Figaro madame.jpgQuoi ! le Figaro qui a milité, sauf erreur de ma part, contre le mariage pour tous et a soutenu la Manif’ pour tous, le Figaro qui a tiré à boulets rouges sur la théorie du genre (et heureusement) et les initiatives malheureuses de Mme Belkacem autour de ce thème, le même Figaro nous glorifie « le mélange des genres » pendant 35 pages, format A2 !

 

Florilège :

« Jean Paul Gaultier, qui mettait déjà ses hommes en jupe il y a trente ans, lui… ». Remarquez que son prénom est écrit sans trait d’union, à l’américaine ; c’est chic, non ?

 

« … son étole en cachemire, sa crème de jour et son grand cabas de cuir, aussi joli au bras d’un homme après tout ». Honni soit qui mâle y pense.

 

« Sur les podiums des grandes maisons comme des jeunes créateurs, la mode est à l’unisexe. Masculin et féminin se brouillent, s’hybrident et captent l’air du temps », le tout sous la (grande) photo d’un jeune homme ( ?) avec un sac à main !

 

« Au creux de leur cou, ces femmes glissent des notes musclées, piochées au rayon masculin ».

 

Soyons honnête : comme souvent, le contenu du dossier n’est pas entièrement dans la tonalité – volontairement provocatrice – de son titre. Et, à l’intérieur, on trouve, deux articles très classiques : les « nouvelles » femmes tiennent à leur tenue hyper-féminine au travail, même quand il n’y a pas d’hommes dans les parages, donc pas de séduction à exercer ; et les « nouveaux » hommes représentent l’eldorado des vendeurs de produits de luxe, puisqu’ils s’y sont mis, eux aussi.

 

Beaucoup de théorie du genre pour rien, en fait : c’était uniquement un moyen d’attirer le lecteur pour qu’il voie les marques et soit attiré par les produits.

29/03/2015

Anathème latin

Je pensais en avoir fini avec ma longue série sur les dégâts causés par les "modernistes" et les "pédagogistes" et par leur obsession à éliminer l'étude du latin et du grec des programmes de l'Éducation nationale, quand, en ouvrant le Marianne du 27 mars 2015, je tombai sur l'éditorial enflammé de Joseph Macé-Scaron (je devrais dire "l'éditorial au lance-flammes"…) intitulé "L'aversion latine".

Ce titre m'a tellement plu que j'en ai inventé un autre, son cousin.

Et que nous dit Macé-Scaron ?

Que la civilisation française est redevable depuis très longtemps à "ces exercices spirituels laïcs que furent le thème latin et la version grecque". Et lycée de Versailles d'ailleurs.

Que cette très ancienne pratique a subi depuis quelques années, "une déconstruction en règle, une attaque mortelle, dévastatrice". On a envie d'écrire : "une attaque subite aussi bien que mortelle"...

Et de décliner les "illusions" qui selon lui ont présidé à cette démolition : faire étudier les langues anciennes serait l'habillage d'un projet de domination des classes populaires, notamment de celles issues de l'immigration (ces idéologues ont mal lu Bourdieu, assure-t-il). Mais non ! c'est non seulement préparer à la citoyenneté française mais aussi permettre d'accéder directement et précocement à l'universel. Et il faudrait ne jamais "dépayser les élèves" ; or "inculquer la culture et opérer une transmission vivante, c'est forcément dépayser".

Pericles.jpgIci arrive dans sa chronique, de façon étonnante, le même argument et le même effroi que ceux que j'avais écrits dans mon billet du 28 mars 2015 : "Le latin apparaît ringard, et déjà le français est présenté par nos élites comme la plus vivante des langues mortes" !

Selon Hannah Arendt, "l'éducation, par nature, est vouée à être conservatrice, puisqu'il s'agit de faire entrer les élèves dans un monde beaucoup plus vieux qu'eux". Même argument que Philippe Bilger.

Il termine par la facette politico-idéologique de la question : "Pendant des années, au nom d'un modernisme fétichisé et d'un libéralisme dérégulé (NDLR : pléonasme ?), la Droite n'a fait qu'accompagner le mouvement général vers le décervelage planétaire, prélude à la figure du consommateur universel".

"Le latin et le grec ne servent à rien ? Mais c'est justement ce qui fait leur prix ! Il n'y a pas de biens plus précieux aujourd'hui que ceux qui échappent à la grande marchandisation du monde".

Et sur ces sujets, ne nous faisons pas d'illusion, les Américains ne sont pas nos alliés. Leur credo, c'est celui de l'École de Chicago, à savoir l'ultra-libéralisme à leur profit. Seuls les pays latins pourront peut-être nous aider. Et Mme Fioraso, qui, avant de partir, nous a fait le cadeau de l'autorisation pour les Universités françaises d'enseigner en anglais, fait bien partie des fossoyeurs du "conservatisme culturel" qui est pourtant indispensable.

Cette fois, tout est dit, non ?