20/09/2015
Comment prononcer Crédit agricole ?
Je vous avais parlé, le 18 septembre 2015, de l'interrogation de Damien Jullemier à propos de la prononciation d'une expression comme "Crédit agricole" (qui est une marque en l'occurrence).
Il est vrai que la prononciation du français est une calamité : songeons à "fils (à papa)" et "fils d'Écosse" ou à "Il est excellent" et "Ils excellent"...
Je reproduis ci-dessous les règles que Damien Jullemier a trouvées dans le "Traité de prononciation française" de Pierre Fouché.
On ne fait pas la liaison entre un substantif singulier et un adjectif :
• un enfant | intelligent
• un teint | olivâtre
• un vent | impétueux
• un bruit | affreux
• un goût | exécrable
• un coup | imprévu
• un nez | aquilin
• un rang | excellent
• l'univers | entier
• un remords | accablant
• un mets | agréable
Mais on fait cependant la liaison dans les locutions toutes faites :
• accentaigu
• droitacquis (ah bon ?)
• un tempsaffreux (la pratique n'est plus celle-là aujourd'hui…)
Même si l'on prononce fait, joug sans faire sentir la consonne finale, on fait la liaison dans :
• faitaccompli
• faitacquis
• faitauthentique
• faitindiscutable
• un faitexprès
• jouginsupportable (la pratique n'est plus celle-là aujourd'hui…)
• jougodieux (la pratique n'est plus celle-là aujourd'hui…)
• le caséchéant

Tout dépend donc de la manière dont on considère l'expression « Crédit agricole ». Si on lui applique la règle générale, on ne fait pas la liaison : Crédit | agricole. Mais si on la considère comme une locution toute faite (et ce peut être en particulier le cas des employés du Crédit agricole envers leur propre société), alors on fait la liaison : Créditagricole.
07:30 Publié dans Règles du français et de l'écriture | Lien permanent | Commentaires (0)
09/07/2015
Irritations XX
En plus des "écorchages" de français déjà signalés et en plus de l'absence d'accord du participe passé placé après l'auxiliaire "avoir", voici encore quelques sujets d'irritation (il suffit d'écouter la radio ou de regarder la télé).
"On vous a montré des premières images", au lieu de "On vous a montré de premières images", ce qui est différent de la formulation "Il s'agit des premières images en provenance de la catastrophe", qui est correcte. "Des" ou "de" renseigne sur la précision de la phrase : "des" remplace "de les" ; la phrase indique donc que ce sont LES premières images (il y en aura d'autres mais les premières sont particulièrement importantes, et la chaîne en question est peut-être la première sur le coup. Dans l'exemple initial, on veut indiquer aussi que c'est le début d'une publication d'images mais sans que les premières aient une importance particulière.
11:55 Publié dans Franglais et incorrections diverses, Règles du français et de l'écriture | Lien permanent | Commentaires (0)
07/07/2015
Vous, les femmes...
Je vous ai déjà dit la position de l'Académie française sur l'accord des adjectifs quand ils se rapportent à deux noms, l'un masculin, l'autre féminin. En résumé, la voici : le masculin joue aussi le rôle de neutre (qui n'existe pas en français) et l'on écrit donc : "Que les hommes et les femmes sont beaux !".
Dans le Figaro du 20 mars 2015, Agnès Leclerc relatait le "combat" d'un collectif d'associations, soutenu par la Ligue de l'enseignement, à propos de cette règle de grammaire, qu'ils jugent ("ils" et non pas "elles" !) sexiste et qu'ils proposent, bien évidemment, de remplacer par la règle inverse (du coup, je suppose ce ne serait plus sexiste...).
Après s'être adressée, en vain, comme on l'a vu plus haut, à l'Académie, elles en appelaient à Mme Belkacem, bien connue pour son intérêt pour la question du genre et pour le féminisme.
Les arguments sont intéressants, indépendamment du fait de savoir si c'est une cause prioritaire, si ce genre de coup de boutoir va s'arrêter un jour, si cette revendication ne fait pas partie d'une stratégie plus globale, etc.
L'idée aurait été de remettre au goût du jour la règle de proximité (grammaticale). "Au XVIIIè siècle, la langue française était plus libre. Quand un adjectif se rapportait à deux noms, il pouvait s'accorder avec le plus proche, qu'il soit masculin ou féminin. Cette règle de proximité remonte à l'Antiquité. On la retrouve en latin et en grec ancien. Pourquoi ne pas y revenir ? La langue participe à l'apprentissage de l'égalité? On ne peut pas nier son importance sur les représentations sociales" (Henriette Zoughebi).
J'y suis sensible à plus d'un titre, en-dehors de tout féminisme : le retour à des racines ancestrales, dont le latin et le grec, l'importance cruciale du langage et des mots...
Mais le professeur de linguistique Alain Bentolila, que mes lecteurs connaissent (voir les débats sur la réforme du collège), a répondu : "C'est une erreur majeure d'analyse linguistique, et une confusion totale entre le genre linguistique et le sexe". Par exemple, "chapeau" et "canne" ont des genres linguistiques différents mais pas de sexe... Voilà l'argument-massue, selon moi.
La suite est plus discutable :
"Mettre la dignité des femmes dans une règle, c'est méconnaître la langue française. Les règles de grammaire servent à mieux nous comprendre, à nous réunir. Penser faire avancer la parité en changeant le genre d'un adjectif, c'est invraisemblable".
D'abord certaines règles, absconses, du français, ne nous réunissent pas vraiment...
Ensuite, il ne s'agit pas de modifier le genre d'un adjectif mais la règle d'accord de l'adjectif.
Mais, pour conclure, n'a-t-on vraiment pas autre chose à faire ?

Femmes, on vous aime !
17:05 Publié dans Règles du français et de l'écriture | Lien permanent | Commentaires (3)


