21/10/2015
Comment lire ? (la méthode de B. Pivot)
Dans "Les mots de ma vie", Bernard Pivot explique la méthode de lecture qu'il appliquait pour préparer ses Apostrophes et ses Bouillons de culture, tout en précisant qu'elle "n'est pas à donner en exemple" et qu'elle ne vaut que pour lui.
Jetons-y un œil tout de même.
"Lecture d'un seul livre dans la continuité, autrement dit pas de livres en alternance.
Ne pas hésiter à abandonner la lecture d'un ouvrage jugé médiocre, décevant, inutile...
Lire assis sur une chaise ou dans un fauteuil qui tient le corps, de préférence devant un bureau ou une table.
Avoir un crayon ou un stylo toujours à portée de main.
Pas d'alcool. Cigare ? Oui, avec plaisir.
Pas d'accompagnement musical.
Téléphone le plus silencieux possible.
Pas de méthode de lecture rapide. Sinon, comment juger le style ?
La lecture du matin étant toujours la meilleure, la réserver aux ouvrages difficiles.
Se méfier de son humeur. Selon qu'elle est bonne ou méchante, les livres peuvent en bénéficier ou en souffrir.
Après lecture d'un livre très séduisant, attendre au moins une heure - si possible laisser passer une nuit - avant d'en commencer un autre, afin que celui-ci ne pâtisse pas de l'impression encore très forte laissée par le précédent".
Et aussi :
"Lire entièrement l'ouvrage en commençant par le début et en finissant par la fin.
Résister à la tentation de sauter les descriptions, les digressions, les incidentes, les parenthèses, car c'est souvent là que l'on déniche matière à poser les questions les plus originales ou les moins attendues.
Souligner les passages essentiels, les phrases remarquables ou malheureuses...
Entourer les mots savants, bizarres, amusants, anciens, nouveaux… et, s'il le faut, consulter un dictionnaire.
Sur une feuille volante ou sur l'une des pages blanches situées à la fin du volume, écrire les observations et les réflexions nées au cours de la lecture..." (page184).
Mes commentaires : cette méthode me semble au contraire bonne pour tous, sauf le cigare dont on peut sans risque se passer...
La question de la "lecture rapide" m'a toujours intrigué : comment font certains blogueurs que je connais qui affichent 200 livres lus chaque année ? Presque dix fois plus que moi...
Dans le stage que j'avais suivi il y a longtemps, l'animateur indiquait qu'il lisait un roman policier en moins de deux heures - ce qui est possible - et qu'avec ces techniques visuelles, on ne perdait rien de ce qu'on lisait. Et là, comme Bernard Pivot, je suis très sceptique.
07:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)
15/10/2015
Mathématique des voyelles
Dans "Les mots de ma vie", Bernard Pivot signale, page 112, une chose amusante : "Prenez trois voyelles, d'abord le e, puis le a, enfin le u, vous les liez dans cet ordre, et vous obtenez à l'oreille une quatrième voyelle : le o. Magique !". Vous avez reconnu le mot "eau"...
Ça m'a fait penser à l'algèbre de nos classes prépas, avec ses ensembles remarquables et ses lois de composition : quand on composait deux éléments de l'ensemble, on obtenait un élément du même ensemble. Ici, on compose trois éléments, et on reste dans l'ensemble des voyelles. Mais c'est probablement le seul exemple, cela ne fait pas une loi.
Poursuivant son raisonnement, B. Pivot rassure les étrangers qui apprennent notre langue si difficile, en constatant que "ruisseau, chêneau, caniveau, seau, bateau, radeau, maquereau, carpeau, château (d'eau) sont en conformité avec l'écriture de leur liquide existentiel". Pour reprendre ma métaphore mathématique, je dirais que "eau" reste invariant dans ses compositions.
Mais il déplore immédiatement que "lavabo, cargo, canot, aviso, lamparo, Calypso ne bénéficient pas de l'eau courante" et ce n'est pas la faute à Rousseau !
Quel maître en jeu de meau !
07:00 Publié dans Livre, Règles du français et de l'écriture | Lien permanent | Commentaires (0)
12/10/2015
"Le consul" de Salim Bachi : critique (IV), extraits et le fin mot
Mais revenons à nos moutons : vu qu'il cite ses sources (trois livres récents sur le même sujet), je me demande pourquoi Salim Bachi s'est contenté de "mettre en scène" une histoire déjà racontée trois fois et qu'il présente comme un roman… Sans doute a-t-il fait œuvre d'imagination quant aux tourments de son héros et quant à son caractère torturé et autocritique. Mais est-ce suffisant pour faire un grand livre ?
Ne soyons pas trop sévère ni trop pointilleux, il y a de bons passages dans ce livre. En voici quelques-uns.
"J'avais agi en mon âme et conscience. J'avais rejeté toutes les faussetés de ce siècle, tous les mensonges de mon temps. Je ne m'étais pas cherché d'excuses en assassinant mes semblables" (page 159).
"Il n'y a pas de hasard, notre destin est écrit et l'archer ne fait que décocher sa flèche, image cruelle et vieille comme le monde. Cette pointe ne dévie pas en jaillissant, elle s'envole, atteint son zénith, retombe et se plante dans votre cœur, et cela quelles que soient l'adresse ou la force du tireur. Le trait ne manque jamais son but. Et chaque homme, à un moment de son existence, sait qu'il a accompli son destin. Pour moi, ce fut à Bordeaux. Je t'avais rencontrée et aimée plus que de raison, comme un jeune amant fougueux, moi l'homme établi, marié et père nombreux enfants, à qui il ne restait plus qu'à finir honorablement sa carrière, puis à mourir entouré des siens.
Tu es venue et tu m'as emporté sur l'aile de ton rêve… Tu as bouleversé l'ordre intime et professionnel qui étaient les miens et le monde que j'avais bâti, élégant et sûr, entouré d'une famille nombreuse, supporté par une épouse aimante, fait de réceptions et de concerts, de connaissances illustres et de voyages lointains, monde qui ressemblait singulièrement à celui de mon frère jumeau..." (page 174).
"Ici, entre ces murs froids et sombres, alors que la mort vient, je sais que j'ai agi en mon âme et conscience et je l'ai fait uniquement pour sauver ces innocents qui étaient venus à moi les mains vides, désireux seulement d'échapper à un destin qu'ils n'avaient pas choisi, victimes du temps et de la folie de quelques hommes infâmes" (page 176).
Pour conclure, je dirai que, oui, le livre vous prend et ne vous lâche qu'à la fin ; que, oui, je le recommande (à égalité avec l'une de ses trois sources, que je n'ai pas lues) à ceux qui veulent découvrir un destin d'exception et mieux connaître l'une des pages réconfortantes de cette époque si dramatique ; et que, non, je ne le garderai pas, ne prévoyant pas d'avoir envie de le relire.
07:30 Publié dans Bachi Salim, Écrivains, Littérature, Livre | Lien permanent | Commentaires (0)