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29/08/2015

Creuse, creuse...

"Après venaient les genêts, les chênes et les châtaigniers, les vaches rousses et les eaux vives. Quand nous entrions en Creuse, mon grand-père , heureux de revoir ses terres d'enfance et d'y associer la mienne, ouvrait la fenêtre, nous invitait à nous emplir les poumons, à respirer l'air pur, c'est sûr, on n'en avait pas un pareil en banlieue.

 

Les foins dans l'ancien temps.jpg

 

L'odeur épaisse des foins coupés pénétrait dans la Simca qui prenait vaillamment les virages, parfois s'arrêtait pour laisser passer un troupeau de vaches qu'un paysan, casquette enfoncée sur la tête, faisait de son mieux pour conduire à l'étable. De temps à autre un tracteur se rangeait sur le bas-côté pour laisser passer notre équipage et je revois la Simca glisser sur les routes heureuses, vers lesquelles coulaient doucement des prairies grasses chargées de trèfles et de fleurs, je revois ces visages aimés, disparus, ces silhouettes infimes retournées à la terre, corps glorieux sautillants, saturés de couleurs dans l'assomption du super 8.

Je pourrais m'évader dans la lecture, mais passé un certain âge, les livres ne suffisent plus. J'ai fait l'expérience des secrets qu'ils contiennent, éprouvé que la terre est ronde et l'amour difficile. Ces rectangles de papier qui contiennent des mondes, s'ils demeurent des consolations, ne me délivrent plus si facilement leurs passeports pour le rêve. Les voyages imaginaires ont fait long feu ; les mardis soir sont une terre étrangère" (pages 60 et 61).

Bien sûr, je citerai mes sources dans un prochain billet (mais voyez la devinette X d'abord).

NDLR pour les jeunes lecteurs de ce billet :

  • Simca : voiture des années 60-70 ; marque rachetée par Peugeot et tombée en désuétude.
  • Super 8 : format de film argentique, successeur du 8 (qui était moins large) et prédécesseur des cassettes 8mm. Il fallait faire développer les films que l'on prenait en Super 8 (et qui durait quelques minutes seulement). Il y a toujours des inconditionnels de ce cinéma amateur.
  • Les mardis soir : veille du mercredi, journée sans école, ce qui autorisait l'auteur à regarder des films à la télévision et donc à se coucher tard.

 

 

28/08/2015

La saison des incendies

"Les marronniers jettent leur ombre sur les trottoirs, tamisent l'éclat brusque du ciel qui pleut sur les femmes. Vêtues de robes légères, chaussées de tongs ou de sandales, de spartiates ou d'espadrilles, elles déambulent dans les rues, fredonnent sur l'asphalte la chanson de l'été.

...

La Sorbonne ferme ses portes, déverse sur le bitume les étudiantes promises aux vacances ; le grand mot est lâché. Alors tout se complique.

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Parmi les fleurs, les passantes promènent leur corps en liesse et leurs yeux qui brasillent, allument des feux qu'elles ne veulent pas éteindre. Ainsi commence la saison des incendies.

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De toute manière, il est trop tard. Les femmes s'enfoncent dans la chair de Paris, laissent dans l'air brûlant une balafre d'épices. Le poing fermé sur le sable de l'été qui me file entre les doigts, j'étreins le bleu des villes. Vêtues de tuniques, de jupes ou de corsaires, de minishorts ou de jeans effrangés, habillées d'un rien, les belles arpentent le pavé comme des compas fous. Je peine à ravauder, au fil de la plume, mon cœur en lambeaux que leurs jambes sans fin détissent.

...

Une brune en débardeur traverse la rue. Son visage fendu d'un sourire flibustier, sa démarche chaloupée, entraînent mon souffle dans son sillage. Elle semble déjà longer l'Océan : elle fera de beaux ravages, portera la peste au camping des cœurs brisés, dans la touffeur de l'Aquitaine ; empruntera bientôt les sentiers de la guerre, semés d'aiguilles de pin" (pages 11 à 13).Brune en débardeur.jpgBien sûr, je citerai mes sources dans un prochain billet.

27/08/2015

Ballade irlandaise, c'est un peu l'Italie

"Le soleil brille haut dans le ciel. Cette autre jeune femme, assise devant un demi, qui plonge dans le vague ses regards émeraude, ressemble à une princesse irlandaise. Son visage de porcelaine, qu'écarquillent les taches de rousseur, boit la lumière à longs traits. On voudrait la rejoindre pour un été pur malt, des nuits frangées de houblon, tandis que le vent souffle sur la mer Celtique, rebrousse la lande tramée d'ajoncs et de bruyères, peine à desceller les murets de pierre sèche. Sous le ciel gris intense, elle pédale éperdue, fée de l'île verte parmi l'or de genêts. Elle se prénomme Abbie, ou peut-être Caytlin, a grandi à Kinslane dans le comté de Cork. Ses cheveux défaits dessinent une étoile rousse sur l'oreiller. sa voix rauque fait tanguer les syllabes ; son accent m'emporte au bout des terres.

 

Caitlyn-bellamy.jpg

 

Au bout de la rue se lève une tornade brune. Je la baptise Laura. Laura dégage un parfum d'Italie que proclament son nez aquilin, son teint mat et ses yeux de flamme ; arbore un sourire en coin, trempé de mélancolie. Elle porte au fond des yeux cette violence qui sourd des cités italiennes, m'évoque les façades superbes et lépreuses du Trastevere à Rome. Les villes du Sud détiennent un secret : le soleil est une tragédie. Laura file à toutes jambes vers le cinquième acte. Je sais que ça va mal finir. Bords du Tibre, ballet de vespas sur un air de Verdi et la lame nue d'un couteau qui saigne les cyprès. Requiem pour un amour de vacances. Je regarde son profil aigu, sa splendeur implacable avant de détourner la tête. Addio Laura" (page 14).

Laura.jpg

Bien sûr, je citerai mes sources, dans un prochain billet.