16/05/2015
Carrefour du franglais (I)
Il y a déjà quelques années que, dans nos campagnes et dans nos villes, les magasins Carrefour nous choquent avec leurs enseignes : quelques hurluberlus de la direction de ce géant de la distribution ont cru malin - et surtout potentiellement rentable - de rebaptiser leurs lieux de vente avec des noms anglo-saxons. Et on a vu fleurir des Carrefour Market, Carrefour City and so on (Il est vrai que ses concurrents ne sont pas en reste avec par exemple les Monop'Daily et Casino Shop de Casino).
À quoi sert ce délire ? Il n'y a pas ici de concurrence internationale, il n'y a pas de rentabilisation à l'export à attendre, c'est du local, du franco-français, c'est même parfois de la clientèle captive quand Carrefour est seul sur une zone de chalandise. Alors quoi ? Mystère...
Il avait été dit que le nouveau PdG Georges Plassat n'était pas fan de cette trouvaille de son prédécesseur. Mais depuis sa nomination, rien. GDF Suez peut bien dépenser des dizaines de millions d'euros pour se rebaptiser Engie, et Suez Environnement tout autant pour désigner de ce seul nom toutes ses filiales (Degrémont…), apparemment Carrefour ne peut pas trouver quelques petits millions pour respecter l'esprit et la lettre de la loi Toubon...
Apparemment tout le monde s'en fiche... Toute la Gaule ? non, un noyau d'irréductibles, fédérés par le syndicat CGT de Nîmes, a décidé de réagir et a créé pour ce faire une pétition. La voici :
http://www.petitions24.net/non_a_langlicisation_de_carref...
On y apprend que Carrefour donne des noms anglais à ses produits : First Line, Blue Sky, Top Bike, Green Cut, Bootstore, Ooshop, Pomelos Drink, etc., avec les majuscules siouplaît !
Claude, pardonne-leur, ils sont devenus fous !
À la lecture des pages saumon du Figaro du 25 avril 2015, on pouvait se remettre à espérer car on apprenait que Carrefour allait tester une nouvelle enseigne "Bon app !", sans point après l'abréviation "app" mais en français tout de même.
Tenez-vous bien : c'est quoi pour Carrefour ce "nouveau format de proximité" ? C'est Leur enseigne snacking ! Désespérant.
Elle me parlait anglais tout le temps
Je lui répondais deux trois mots bidon
Des trucs entendus dans des chansons
Consternation…
07:02 Publié dans Actualité et langue française, Franglais et incorrections diverses | Lien permanent | Commentaires (0)
13/05/2015
De l'art de publier un article attrape-tout… (II)
Enfin, dans la toute dernière partie de l'article de J.-P. Robin, on pense que l'on est arrivé au cœur du sujet annoncé, à savoir le fait que les fautes de français plomberaient la vie économique elle-même.
Il paraît que les entreprises feraient la chasse aux erreurs d'orthographe, en feraient un motif de licenciement et obtiendraient gain de cause auprès des Cours d'appel… Vu mon expérience professionnelle dans un géant industriel français, si c'était vrai, la moitié des cadres dirigeants auraient été remerciés depuis longtemps...
On attend des exemples de la catastrophe ; on lit seulement que les S'miles de la SNCF seraient une niaiserie linguistique grotesque et que Hachette a appelé ses boutiques d'un nom - Relay - qui n'existe pas en anglais et qui ferait que les Français ne savent plus écrire "relais"...
Catastrophe, disiez-vous ?
Dernier alinéa, le journaliste qui n'a encore rien démontré nous assène :"Dans le domaine économique, les ravages sont immenses". Bigre !
Alors il dégaine : "déficits structurels", "seuils sociaux", "compte personnel d'activité", "droits rechargeables"… certes mais "so what ?"...
Je vous laisse savourer la péroraison : "Toute réforme est un retour aux sources et aux principes fondamentaux, sinon ce serait une révolution. Encore faut-il savoir les lire et les dire. C'est pourquoi les fautes de français sont si graves".
Et c'est ainsi que votre fille est malade.
Concernant la relation - ténue - entre l'orthographe et la vie économique, j'aurais préféré que J.-P. Robin nous parle du renouveau de la dictée dans les écoles d'ingénieur, du projet Voltaire, des tests à l'embauche et du filtrage des CV, et surtout de la nouvelle politique de référencement de Google.
Il semble en effet que Google, chahuté par l'accusation de mettre en avant son propre comparateur de prix dans les résultats de recherche, a modifié le programme qui classe les résultats en vue de leur affichage : le nouveau moteur avantage les sites qui disposent d'une version adaptée aux téléphones mobiles et pénalise les sites considérés comme de mauvaise qualité, avec par exemple beaucoup de fautes d'orthographe (oui, vous avez bien lu !) ou des contenus copiés sur d'autres sites.
Sur un thème voisin, je peux parler de BlaBlaCar, le site de covoiturage, créé en 2004 par un Français, normalien, de 39 ans, Frédéric Mazzela. Le site est français (150 salariés à Paris) mais la langue de travail est l'anglais. La maxime "In trust, we trust" est écrite partout sur les murs. "Il faut être pragmatique, il y a 29 nationalités différentes chez nous. Le seul moyen de communiquer, c'est l'anglais". Mais il y a dans l'entreprise une salle dans laquelle les employés étrangers peuvent apprendre le français. (Source : Le Figaro du 25 avril 2015).
07:01 Publié dans Actualité et langue française, Franglais et incorrections diverses | Lien permanent | Commentaires (0)
11/05/2015
Nathalie traduisait...
Natalie Rastoin, dont le papa a dû oublier de déclarer le "h" de son prénom à l'état-civil, tient beaucoup à affirmer que elle et son agence de publicité et de conseil Ogilvy France "sont français car ils font du made in France". On est très heureux pour elle mais intrigué par cette conviction martelée dans la rubrique "Buzz média Le Figaro" du 27 avril 2015.
Car que lit-on dans cet entretien ? Une collection de franglicismes comme jamais. Jugez-en, public !
"Nous sommes un groupe… très digitalisé et nous sommes un bon hub…".
"J'ai beaucoup travaillé avec Invest in France".
Le Figaro, qui n'est pas bégueule, lui pose les questions dans sa langue à elle : "Vous réalisez plus de la moitié de votre marge brute dans le digital…". Elle répond tout de go : "La migration digitale ne peut pas se faire rapidement…". "En fait, 70 % de l'activité seront digitalisés". "Mais ce qui comptera, ce sont les métiers spécifiques : la data, le social… On ne dira plus digital". Eh bien, ma poule, pourquoi continues-tu à en parler alors ?
Mais ça continue : "Vous venez de lancer une entité dédiée à la data…" (sic !). Elle répond "Ce qui est important, en mettant la data au cœur de notre agence, c'est d'avoir un noyau pour transformer cette data en insights…".
Histoire d'élever le débat et de montrer qu'elle ne fait pas que parler franglais, la dame confie "La data est rupturiste en cela qu'elle rend obsolète la dichotomie entre les grands médias et le CRM" (je résume). Alors là, je dis bravo : c'est pas qu'elle essentialise (comme on dit à la télé), elle conceptualise !
"Vous préconisez un rapprochement du monde de la communication et de l'écosystème des start-up en France". "J'ai créé le Start up Project… qui fait le lien avec Cap Digital, un énorme cluster de compétitivité".
"La grande tendance sur laquelle surfe le brand content, c'est l'apport d'un savoir-faire journalistique…".
"Le digital a délinéarisé l'audience…".
Enfin, devant nos yeux éblouis, elle avoue : "Le brand content est un mot un peu pédant qui désigne en réalité une vieille réalité… mais aujourd'hui reboostée par des niveaux inédits de puissance et d'intelligence". (Elle pense sûrement à elle-même).

Il nous reste à remercier Nathalie de nous avoir traduit cet article en franglais, puisque c'est la langue qui semble s'imposer dans notre beau pays.
PS. Après la suppression de l'étude du latin, du grec et de l'allemand, on peut songer à celle du français. Avec de tels patrons, il est devenu quasiment inutile.
06:00 Publié dans Franglais et incorrections diverses | Lien permanent | Commentaires (0)


