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04/06/2015

Cécile, ma sœur (XI)

Cécile Ladjali analyse, à la page 64 de son livre « Mauvaise langue », les difficultés à l’écrit de ses élèves. Elle passe sur les fautes d’orthographe, de ponctuation, de construction… pour s’intéresser aux « empêchements ».

« J’appelle empêchement ce que les lycéens s’interdisent de faire à l’écrit, alors qu’ils ont bien souvent en eux le souvenir, la marque d’un dépôt, même ténu, telle une fine couche de poussière, d’un modèle lu.

Ayant deviné qu'il existait là une réalité enfouie sur laquelle je pouvais compter, j'ai toujours imposé aux élèves de beaucoup lire. Parfois même, j'exige d'eux qu'ils apprennent des pages par cœur. N'importe quelles pages… Des poèmes, des tirades de théâtre, des incipit de roman.

Ils sont toujours furieux et les premiers à revendiquer leur autonomie intellectuelle, leur devoir de penser par eux-mêmes, plutôt que de se contenter de répéter sans comprendre la parole des autres. Tous les arguments pouvant alimenter une petite philosophie du moindre effort sont alors déclinés.

Si j'accorde une place prépondérante au "par cœur", c'est parce que je nourris la conviction que la mémoire des textes est ce qui structure notre être en profondeur jusqu'à la mort. Les exemples d'hommes ou de femmes ayant survécu dans des conditions extrêmes grâce au souvenir d'un texte appris par cœur à l'école et qui, le temps de la récitation, les aidèrent à se détourner de l'enfer, sont aussi nombreux que bouleversants".

On pense à Primo Levi à Auschwitz, à Chalamov en Sibérie… mais il y a des exceptions qui confirment peut-être la règle : Mikis Théodorakis a composé de la musique et a utilisé comme partition les murs de sa prison ; quant à Évariste Galois, il a finalisé sa théorie des corps commutatifs.

Tout cela pour dire que ce paragraphe sur le "par cœur" est un peu grandiloquent et inutilement "dramatisé". Mais je suis d'accord sur le fond : que ce soit en littérature, dans l'apprentissage des langues ou en musique, il faut apprendre par cœur, parce que cela permet de se dégager de la chose écrite, de s'imprégner du sujet, de l'emporter partout avec soi et… d'exercer sa mémoire pour apprendre d'autres textes.

J'ai déjà parlé, pour ce qui me concerne, de "Brave New World"… Il y a eu aussi "Lucius Catilina, nobili genere natu...", "Es ist der Vater mit seinem Kind…".

Et d'ailleurs on apprend bien par cœur les tables de multiplication.

La cigale et la fourmi.jpgN'est-ce pas magique d'entendre Fabrice Lucchini réciter les Fables de La Fontaine ?

 

01/06/2015

Irritations XV

Quand il rassemble les militants pour faire approuver le nouveau nom de son parti, M. Sarkozy choisit le "Paris Event Center"...

Et s'il prend du "Ricoré au lait" de Nestlé le matin pour déjeuner, il a sous le nez, en blanc sur violet : "1 Travel Mug offert"...

Le soir, quand harassé par toutes ces réunions et interventions tous azimuts, il s'effondre dans son canapé et se branche sur les programmes de la TNT, il doit endurer les pubs de Lancôme, Bourgeois, etc., la plupart en anglais ou en franglais..

douce-france-affiche.jpgDans quel pays vivons-nous ?

Est-il raisonnable de se gargariser encore sur "le pays de la culture", "le pays du savoir-vivre", "le pays des joutes oratoires", et notre "art de la conversation" ?

Ne sommes-nous pas, depuis quelques décennies, dans un pays ouvert à tous les vents des modes stupides, de la consommation effrénée, du snobisme le plus bête, du plus mauvais goût et de l'américanomania béate ?

 

17/05/2015

Carrefour du franglais (II)

Je vous parlais hier de la pétition du syndicat CGT de Carrefour à Nîmes.

Et en voici le texte :

Le syndicat CGT du magasin Carrefour Nîmes-Sud, présente une pétition de protestation contre la politique anglicisante de Carrefour et, plus avant, contre la politique d’anglicisation qui s’opère actuellement en France et partout en Europe

Madame, Monsieur,

Les signataires de la présente pétition, lancée par le Syndicat CGT de Carrefour Nîmes-Sud, demandent à M. Georges Plassat, Président-directeur général du groupe Carrefour, de faire le nécessaire pour que le caractère anglicisant de Carrefour cesse, afin de ne plus polluer l’environnement francophone de notre pays.

Ils demandent, entre autres choses pour cela, que les produits Carrefour soient nommés en français, que les noms "drive", "market", "city", "property", etc. soient changés par des appellations respectueuses de notre langue, que la musique d’ambiance des magasins ne soient pas majoritairement en anglais, que les annonces de sécurité qui y sont données, si elles sont traduites en anglais, le soient également dans, au moins,  une autre langue étrangère, que les slogans publicitaires ne soient pas en anglais comme le fameux et humiliant "Monday, happy day", etc.

Ils demandent aussi qu’une commission de terminologie soit créée à Carrefour, afin d’éviter l’emploi abusif et    systématique de termes anglais chaque fois qu’apparaît un nouveau concept (le "Cross marchandising", le "remodeling", la "Supply Chain", le "e-learning", le "self scanning",  par exemple).

Enfin, ils se permettent de rappeler à Monsieur le Président-directeur général que la langue du commerce, c’est celle du client, et pas forcément en priorité et systématiquement, celle de Mickey.

 

Les éléments qui accompagnent la pétition sont très intéressants, à lire. J'en résume ci-après les idées-forces.

D'abord l'intuition qu'il y aurait une relation entre la perte progressive des acquis sociaux (NDLR. Voir la lame de fond contre les systèmes de protection sociale, dans tous les pays développés, depuis le début des années 80, c'est-à-dire depuis Miss Maggie et Ronnie Reagan) et la perte de sa propre langue au profit de l'anglais (NDLR. Ou du globish plus exactement), la langue des financiers qui veulent gouverner le monde (NDLR. Ou plus simplement qui savent ce qui est bon pour lui et pour leur propre portefeuille…).

Ensuite le constat qu'en France, qu'ils soient de droite ou de gauche, les gouvernants semblent obsédés par l'objectif d'imprégner toujours davantage de cerveau de nos enfants avec l'anglais, et cela dès la maternelle (NDLR. Voir la récente et déplorable loi Fioraso).

Et que la notion républicaine de "liberté", qui rimait en France avec "égalité" et "fraternité", est remplacée de plus en plus par son acception anglo-saxonne, en résumé par celle du renard dans le poulailler.

Que cela vient de l'adoption généralisée du modèle anglo-américain, à savoir le libéralisme, qui se fiche des valeurs de la République française et se craint pas de fouler aux pieds sa langue même.

L'implication de tout cela est claire : il est temps de se révolter contre cette dictature et en premier lieu de refuser la politique qui consiste à mettre de l'anglais en tout lieu et en tout domaine.

Avec une exigence habile (NDLR. C'est celle de tous les militants de la francophonie, et de Claude Hagège entre autres) : partout où il y a de l'anglais, qu'il y ait aussi, à égalité, d'autres langues étrangères (NDLR. Je pense qu'il devrait y avoir en priorité l'allemand, au titre de l'Europe et l'espagnol, au titre de sa diffusion mondiale), sous peine de plainte pour discrimination.

Abdou Diouf.jpg"Soyons des indignés linguistiques" a dit Abdou Diouf, ancien Président du Sénégal et géant (1,98 m…) de la francophonie.

Quel plus beau programme ? quelle meilleure justification du combat de ce blogue ?