Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/09/2015

Paradigmes et autres animaux

J'aimerais bien établir la liste des nouveaux paradigmes, ceux de notre époque.

J'ai longtemps été fasciné par le mot : qu'est-ce donc qu'un paradigme ? Je m'en suis fait l'idée suivante, peut-être grossière et approximative : c'est une méta-règle, une règle qui domine toutes les autres, qui se situe à un niveau plus élevé, plus global, et qui nous aide à les décoder et à les agencer entre elles.

J'ai cru déceler récemment deux paradigmes, de natures bien différentes.

D'abord à propos des âges de l'humanité. Les scientifiques ont établi une échelle des temps géologiques, constituée d'ères, subdivisées en périodes, elles-mêmes subdivisées en époques ; c'est la chronologie de l'histoire de la Terre, dans laquelle s'inscrit l'histoire de l'homme pour quelques secondes.

Jusqu'à présent, on se croyait tout simplement dans l'ère cénozoïque (depuis 66 millions d'années), dans la période du quaternaire (depuis 2,58 millions d'années) et à l'époque de l'holocène (depuis 11600 ans). Mais, en 2000, un biologiste américain Eugene Stoermer et un chimiste néerlandais Paul Crutzen (Prix Nobel de chimie 1995), constatant l'impact de l'activité humaine sur la planète ont "inventé" l'âge de l'humain et l'ont baptisé "anthropocène".

Surgissent évidemment quantité de questions de spécialistes : depuis quand ? la maîtrise du feu il y a 700000 ans ? les débuts de l'agriculture il y a 11000 ans ? le contact entre Ancien et Nouveau Monde en 1610 ? la première révolution industrielle (la machine à vapeur de 1784) ? la "grande accélération" à partir de 1950 (CO2…) ?

Et aussi quel est le marqueur indiscutable qui permettra de dater le début de l'âge ?

Trève de querelles scientifiques… Ce serait donc un nouveau paradigme : l'homme a commencé à transformer son environnement naturel de façon aussi dévastatrice que la tectonique des plaques ou le volcanisme et il est entré de lui-même dans "son âge" (pour en savoir plus : "Comment l'homme a détraqué la planète" dans le Marianne du 18 juin 2015).

 

Diplodocus.jpg

 

Autre paradigme, à une tout autre échelle : "l'ubérisation" des économies occidentales (l'économie 1099) est en train de détruire le salariat, qui était la modalité du travail depuis le XIXème siècle, chacun étant censé devenir autoentrepreneur pour proposer ses services payants. Ce faisant, le phénomène transfère les risques de l'entreprise vers l'individu, qui doit faire son affaire de la baisse d'activité, des accidents de santé, des congés éventuels… et transfère la "rente" du producteur au consommateur qui impose des prix plus bas, des délais raccourcis, des livraisons à toute heure, etc., et aussi à l'actionnaire.

Tous ceux qui ont aujourd'hui plus de quarante ans vont difficilement encaisser ce nouveau paradigme car ils ont été élevés dans un monde où 80 % de leurs congénères étaient salariés… (pour en savoir plus : "Uber et l'argent d'Uber", François Lenglet, Le Point, 27 août 2015).

Compilons les nouveaux paradigmes !

25/09/2015

Hommage à Guy Béart

Guy Béart vient de disparaître… on n'entendait plus parler de lui, depuis pas mal d'années, qu'à travers sa fille Emmanuelle.

On a eu droit aux hommages radiophoniques et télévisuels habituels mais si peu… À part les formules sacramentelles comme "l'un des derniers géants de la chanson française s'en va" et quelques notes de cette "scie" des années 60 qu'est "L'eau vive", ça a manqué d'emphase, contrairement à l'habitude ; c'est dommage, moi, j'aimais bien Guy Béart...

Non pas parce que c'était un ingénieur (comme Boris Vian, Antoine et quelques autres), diplômé des Ponts et Chaussées, et titulaire d'une thèse s'il vous plaît...

Non pas parce qu'il aurait été un grand musicien ou un grand guitariste ; ce n'était pas le cas ; j'ai souvenir d'un concert plutôt calamiteux à La Baule, il y a vingt ou trente ans, par la faute de ses accompagnateurs il est vrai (mais ne les avait-il pas choisis ?)...

Mais d'abord parce qu'il avait tenu tête (avec maladresse et timidité) à ce provocateur de Gainsbourg qui prétendait que la chanson serait un art mineur. Quelle absurdité ! La chanson (surtout française et toutes les chansons à texte), c'est la rencontre miraculeuse entre un beau texte et une belle musique, en adéquation intime l'une avec l'autre.

Ensuite parce qu'il avait fait partie de cette génération unique qui comptait Brassens, Brel, Ferré, Ferrat, Nougaro.

Guy Béart Chansons éternelles.jpg

 

 

Parce qu'il a écrit de fort belles chansons : "Bal chez Temporel", "Le premier qui dit la vérité", "Il n'y a plus d'après" 

 

Et surtout parce qu'en 1966, il avait dépoussiéré et remis en pleine lumière ces vieilles chansons françaises éternelles avec lesquelles certains d'entre nous avaient été bercés. Je me rappelle que Guy Béart avait recherché si c'était "Sur le pont de Nantes" ou "Sur le pont du Nord", l'original...

J'ai adoré - et j'adore toujours - "Aux marches du palais", "Au jardin de mon père", "Vive la rose", "L'amour de moy", "Et moi, j'm'enfuifui", "À la claire fontaine", "Le roi a fait battre tambour".

24/09/2015

Le français des journalistes

Comment échapper ces temps-ci aux articles sur les migrants ?

Je passe sur les débats sémantico-moralisateurs sur le meilleur vocabulaire à utiliser pour désigner ces centaines de milliers de personnes qui émigrent (réfugiés plutôt que migrants ?), ainsi que sur cette obsession à faire moderne et avant-gardiste qui pousse les journalistes à nous seriner que le nouveau nom de "centre d'accueil" serait hotspot… pour me concentrer sur un article de Marianne le 11 septembre 2015.

Morceaux choisis :

"Comme l'avouent ouvertement certaines entreprises de l'immobilier, du catering ou de la sécurité, l'arrivée des réfugiés peut tourner au jackpot".

"Le réfugié business ne fait que commencer".

"Aujourd'hui… ils portent aux nues le travail à la maison (home office)…".

Mais, sans conteste, la palme revient aux articles "mode" ou "culture". Ainsi trouvait-on, dans le Marianne du 12 juin 2015, les beaux néologismes ou franglicismes suivants :

La mode Marianne 12 juin 2015.jpg

"S'agit-il du pendant veggie à la célèbre tenue en steaks de Lady Gaga ?"

"Le succès des chaussures orthopédiques et des semelles plates-formes évoquant davantage la drag queen frappée de hallux valgus…".

"La tendance fugly (de fashion pour mode et de ugly pour affreux) n'est certes pas tout à fait nouvelle".

"… les mutantes de Givenchy, piercées et bijoutées…".

"Si l'on en juge par les aliens bigleux en tissu qui peuplent les boutiques de cadeaux de naissance branchées".

"La fameuse nouvelle école des designers bûcherons, dream-catchers indiens…"

On a envie d'écrire : and so on...

 

Le plus drôle est que le même article proclamait dans son exorde, à propos de l'art, de la mode, du design et de la gastronomie : "Sous couvert d'humour, d'originalité, d'exploration des limites, tout est bon pour offenser les normes et promouvoir l'aberration"… Offenser donc, en passant, le français de Molière et promouvoir le franglais décomplexé !