16/04/2020
Irritations linguistiques LXV : no sport ?
Montre-moi tes muscles et ta souplesse, je te dirai quelle langue tu parles ! Pendant que nos Académiciens s’émeuvent auprès des Pouvoirs publics de ce que la loi Toubon est contournée ou bafouée tous les jours par l’Administration (et les entreprises publiques), le privé s’en donne à cœur joie. Exemples déplorables dans un centre de maintien en forme (qu’ils appellent « de fitness ») du grand Ouest parisien.
Voici ce qu’on lit dans son planning 2020 en fait de cours de gymnastique : b-board boost, fast bike, bodywork, aqua’dynamic, bodycontrol, hilo (high-low) / step, stretch (étirements), hatha yoga, aquatraining, aqua’jump, hiit, street jazz, aqua’boxing, zumba, aqua’power, gym balance, fit punch, postural ball, body barre, cross training, board & mind, rubberband (élastiques ?), step, boxing (boxe ?), core / internal training, fit bike. Au total, pas moins de 26 termes anglais (et abscons, évidemment), sans compter les abréviations indéchiffrables (fac, trx) ! On a du mal à trouver quelques termes français : abdos-fessiers, méditation, sophrologie, relaxation, barre au sol, soit 15 % environ.
De qui se moque-t-on ? Les organisateurs et animateurs de gym pensent-ils accrocher une touche de modernisme et de sophistication à leur discipline en les affublant de noms anglais ? Ou sont-ils simplement si paresseux et peu créatifs qu’ils importent tous leurs exercices d’outre-Atlantique, noms de baptême inclus ?
On dit souvent que les joueurs de football ont du mal à s’exprimer, qu’ils parlent mal français. Cela ne les empêche pas d’être talentueux ni sympathiques ni généreux. Ainsi du jeune prodige Kylian M’Bappé, qui vient de créer, à vingt et un ans seulement, une fondation pour aider 98 jeunes jusqu’à l’âge adulte. Bravo, même si les fondations semblent pousser autour des gens fortunés comme les champignons après la pluie ; mais comment la baptise-t-il ? Inspired by KM ! De nos jours, en France, une fondation (qui bénéficiera sans doute d’avantages du système fiscal français) créée par un Français, qui doit sa carrière au monde sportif français (même s’il l’eût obtenue pareillement dans un autre pays européen) et sa fortune au public français, et qui se destine à aider de jeunes Français, est baptisée d’un nom anglais ! Qui peut comprendre cela ?
Ce n’est pas tout dans le monde merveilleux du sport hexagonal ! Importé des États-Unis (évidemment), une nouvelle discipline a fait son apparition chez nous et va être autorisée à organiser des combats : le MMA, à savoir le mixed martial art. Selon l’article de Bruno Rieth dans le Marianne du 29 novembre 2019, ce mélange de plusieurs techniques (karaté, jiu-jitsu brésilien, kung fu, pancrace, vale tudo, lutte, boxe, kick-boxing, self defense) est né en 1993 et a longtemps été considéré comme du free fight (sic). Même pas peur… de ne pas traduire !
C'est bien Winston Churchill qui professait : no sport ?
07:00 Publié dans Actualité et langue française, Franglais et incorrections diverses, Société, Sport | Lien permanent | Commentaires (0)
19/03/2020
Des prénoms qui filent... à l'anglaise ?
Il y avait déjà les Kevin (prononcés kévine, alors qu’en français c’est kévain), les Jordan (hommage au joueur de basket ?) et les Margaux (alors que le diminutif de Marguerite, c’est Margot ; il faut croire que les vins de Bordeaux ont réussi leur campagne de communication)…
En fait depuis 1993 (sauf erreur), le choix des prénoms est libre en France (génération « J’ai le droit »), pourvu qu’ils ne soient pas dégradants (voir le film « Le prénom » avec Adolf). Et peu importe qu’il se produise un chassé-croisé entre les baptêmes des enfants et des voitures (voir Mégane et Zoé, parmi d’autres exemples).
Une des conséquences est évidemment qu’au lieu de choisir parmi les Saints du calendrier, tout parent peut afficher une origine, une tradition, une culture, voire son non-conformisme ou son admiration pour tel ou tel personnage célèbre, à travers les prénoms de ses enfants, y compris d’ailleurs en multipliant ces prénoms pour un même enfant.
Mais mon propos ici n’est pas de m’insurger comme certains contre des prénoms qui « feraient honte à la République française » ; c’est un autre débat, qui peut être ouvert mais en tablant plus sur la force de conviction des censeurs et sur l’intérêt bien compris des personnes concernées, que sur la coercition ou l’anathème.
Non, je veux dans ce billet pointer l’injure quotidienne qui est faite à l’orthographe de notre langue par des choix de prénoms à la graphie fantaisiste ou provocatrice, voire humoristique.
Le choix étant libre, pourquoi ne pas se lâcher en montrant son non-conformisme ?
Nous rencontrons ainsi des Loraine, des Katryn, des Ana, des Alexya, des Meryem et des Mariam, des Noëlly et des Roselène, des Athina, des Karin (qui devrait se prononcer « carine » comme dans « clarines »), des Haude et des Hannelore (mais cette dame charmante était d’origine allemande), de Lucille (la sœur bien-aimée de Chateaubriand se contentait d’un seul « l » dans son prénom mais en l’occurrence je ne dis rien car cette jeune femme tient son prénom de parents qui adoraient Jimi Hendrix, dont la mère s’appelait Lucille Jeter, 1925-1958), des Armélie, des Jecikya (oui, vous avez bien lu), j’en passe et des meilleurs ! C’est pathétique…
Et la question qui se pose est dès lors la suivante : l’orthographe française étant à la base déjà compliquée, comme peut-on espérer que nos enfants s’y retrouvent avec de telles graphies dénaturées ? Catherine, Anna, Alexia sont-ils si difficiles à porter ? Et si l’on veut absolument rendre hommage à ma région d’origine, pourquoi pas Lorraine ? À moins que la référence à la marque de vêtements soit vraiment indispensable ?
Cette créativité et ce souci de se distinguer sont plutôt pathétiques, sans compter qu’ils font penser à nos animaux de compagnie à quatre pattes (depuis longtemps, on nomme les chiens de race « sous contrainte de lettre initiale »).
Et ce n’est malheureusement pas le seul domaine où l’insouciance, le snobisme, la soumission aux modes et au modèle américain font des ravages ; nous avons évoqué il y a longtemps les marques (R16 Electronic !) et les enseignes de magasin. Dans cette course folle à la création de noms de baptême, il y a maintenant les produits bancaires et les projets de loi. Pourquoi pas… mais pourquoi « à l’anglaise » ?
07:00 Publié dans Actualité et langue française, Société, Vocabulaire, néologismes, langues minoritaires | Lien permanent | Commentaires (0)
05/03/2020
Irritations linguistiques LXIV
Au nombre des irritations linguistiques (quotidiennes en l’occurrence), il y a bien sûr – comment n’y ai-je pas pensé plus tôt – l’horrible « un espèce de rideau », au lieu de « une espèce de rideau ». On peut d’ailleurs se demander comment, dans cette société que d’aucuns qualifient de « féminisée », dans un sens péjoratif, tandis que d’autres réclament à corps et à cris, surtout à cris, la transformation de l’orthographe et de la syntaxe pour mettre le féminin en avant, le mot « espèce » a bien pu perdre le « e » absolument déterminant de son genre.
Tiens, à propos des demandes hystériques de féminisation, citons cette brève de Marianne (6 décembre 2019) qui, sous le titre « Olympe de Gourdes » raille Rebecca Amsellem qui a lancé une pétition pour dénoncer le logo soi-disant « hypersexualisé » des JO 2024 à Paris. Ne pensent-elles qu’à ça ?
Les mêmes ou d’autres ont lancé une plateforme numérique pour suggérer des noms féminins pour les futures stations de métro du Grand Paris. Les noms en question devraient être ceux de « femmes inspirantes ». Pourquoi pas, en effet ?
Complètement différent est le cas de « pas de souci » : ici pas d’incorrection mais simplement un « tic verbal » qui, à force d’être rabâché et entendu ad nauseam, est vraiment horripilant, d’autant que, sur le fond, cette expression semble manifester une bonne humeur et une disponibilité totale qui ne peuvent pas être constamment sincères…
Je terminerai ce billet par le sempiternel « celles et ceux », qui n’est malheureusement pas l’apanage de l’actuel Président de la République française, qui en use et abuse, il est vrai, mais que chaque homme politique semble considérer comme une expression incontournable propre à montrer son engagement dans la quête de l’égalité entre les hommes et les femmes.
07:00 Publié dans Actualité et langue française, Franglais et incorrections diverses, Société | Lien permanent | Commentaires (0)