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19/06/2017

Irritations linguistiques L : franglais un jour, franglais toujours

La houle atlantique continue à faire échouer sans relâche sur nos côtes ses épaves de mots américains représentatifs de l’actualité et de l’évolution des idées chez l’Oncle Sam et à ce titre immédiatement adoptés avec gourmandise par nos concitoyens de tous âges.

La chose est ancienne, c’est vrai, et imprègne toutes les catégories de Français. Le mois dernier, par exemple, c’était un étudiant en licence qui me demandait si les « réunions » dont je parlais étaient bien des meetings… Prudemment, je me suis d’abord assuré que sa langue maternelle était bien le français ; puis je me suis étonné (avec une certaine virulence, il est vrai) que l’on me demande de traduire en franglais un mot que tout un chacun comprend sans difficulté. Ainsi va le tsunami linguistique, qui bien sûr ne fait pas de victime physique et qui, sans doute, est moins grave que d’autres lames de fond qui secouent, événement « non mixte » après événement « non mixte », prise de position démagogique après prise de position démagogique, la société française d’aujourd’hui… mais tout de même ! 

Récemment la ministre de l’Éducation nationale que l’on ne regrettera pas, réagissait à la télévision à une accusation d’avoir entrepris une réforme de l’orthographe, en déclarant que cette affirmation était « une fake new » (rapporté dans le Marianne du 26 mai 2017)… Elle pouvait tout aussi bien dire que c’était une rumeur infondée, un faux, une allégation mensongère, etc. Mais non, elle avait sans doute peur de n’être pas comprise. Comme disait Alan : « si vous m’avez compris, c’est que je me suis mal exprimé ! ». Soit dit en passant, si elle n’avait effectivement pas mené la réforme de l’orthographe (et pour cause, celle-ci date de 1990 !), elle l’avait quand même remis à l’ordre du jour en décidant de la faire appliquer dans les établissements d’enseignement (alors que cette réforme était d’application facultative).

Dans le même magazine, une semaine plus tôt, on lisait que, en « parler Macron », un bénévole qui donnait un coup de main s’appelait un helper. Et que, quand la Ville de Paris, la Ville-lumière éclairant le monde chère à notre amie Anne, « se mobilise en faveur du deux-roues, elle lance le Paris Bike Festival ». Et son journaliste ajoutait : « Pourquoi rouler français dès lors qu’on peut faire la promotion du globish ? ». C’est notre Bernard aux cinq couronnes qui doit être content…

Dans le même magazine, mais le 28 avril 2017, Renaud Dély, dissertant sur l’urgence républicaine, écrivait : « Dans ce monde de buzz, de tweets et de fake news, où l’image fait office de sens et où l’indécence n’a plus de limites, son incompétence est devenue un atout ».

Guillaume, lui, pourtant très fier de la notoriété de la marque « TGV », n’a pas craint de la remplacer (d’essayer en tous cas de la remplacer) par « inOUI ». Que de temps et d’argent gaspillé ! La seule chose intéressante dans l’affaire est la graphie du mot lui-même, qui aurait enchanté Georges Pérec et peut-être Apollinaire (l’autre Guillaume) : il se lit de la même façon de gauche à droite et de droite à gauche (c’est cela la macronie) ; en fait il présente une double symétrie : par rapport au centre O et par rapport à une droite (horizontale) qui passe en son milieu (vérifiez-le donc en retournant de bas en haut votre téléphone ou votre tablette (à condition que ces engins ultramodernes n’anticipent pas votre mouvement).

Ne restons pas moroses ! Et apprécions ce que Clara Dupont-Monod, écrivain et journaliste, disait dans le Marianne du 26 mai 2017 : « Nous nous appelons galimatias, larcin, pique-bœuf, perlinpinpin. Nous sommes les mots oubliés de la langue française. Nous voulions vous remercier (NDLR : Emmanuel Macron). Grâce à vous, nous existons à nouveau car vous nous employez à tire-larigot (…). Nous vous suggérons d’émailler vos discours de mots qui ne demandent qu’à renaître. Imaginez : Mes chers compatriotes, je vous l’affirme sans barguigner… Ou : Moi, diantrebleu, je fais fi des hésitations. Je le dis tout net : sus. Sus à la tiédeur (...). Et vous verrez, bientôt tout le monde désignera un pull par les mots cardigan ou chandail ! (…). Nous comptons sur vous, Monsieur le Président. Il en va de notre survie. Haro sur le baudet ! ».

Voilà, c’est bien cela la meilleure façon de résumer et d’illustrer ce qui est le fond de ce billet : la langue française compte des dizaines de milliers de mots, avec leur histoire, leur beauté, leur étymologie, leur bizarrerie parfois… Utilisons-les !

17/06/2017

Le bien gazouiller

Tant écrire et depuis si longtemps, c’est lourd, surtout si au maximum ce sont trente lecteurs seulement qui en profitent…

Gazouillis.jpg

 

Il serait dommage de ne pas utiliser les outils de communication qu’offre la technique aujourd’hui…

C’est ainsi que le Bien écrire va se faire connaître sur Twitter !

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Gazouillons, gazouillons, il en restera toujours quelque chose !

07:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

15/06/2017

Jacques Brel et son double : Arnaud Askoy

Jacques Brel.jpgBenoît Duteurtre – à qui je consacre quelques billets à propos de son livre « Pourquoi je préfère rester chez moi » (trois sont en ligne à ce jour) – collabore épisodiquement au journal Marianne. Dans le numéro du 28 avril 2017, sous le titre « Rousseau contre Rameau », il dissertait sur les difficultés supposées du français (comparées par exemple à l’italien) quand on l’utilise dans le chant, difficultés dont Rousseau faisait ses choux gras. Et voici ce qu’écrivait notre critique musical : « Dépourvue d’accent tonique, la langue française pose en effet des problèmes musicaux spécifiques qui resurgiront tout au long de son histoire, jusqu’à la chanson à texte d’un Georges Brassens qui tire merveilleusement parti de l’intonation monocorde ».

Et Brel, il tirait aussi parti de l’intonation monocorde ?

Balivernes que tout cela !

Eh bien, moi, je ne suis pas resté chez moi ; et je suis allé écouter un interprète époustouflant de Brel, justement : Arnaud Askoy

Arnaud Askoy.jpgCet homme décontracté aux allures de jeune premier se métamorphose dès qu’il entonne « Mathilde », « Les vieux » ou « Amsterdam ». Il « vit » ces chansons mythiques et tout à coup, c’est comme si le Grand Jacques – mort il y a quarante ans – était de nouveau là, devant nous. 

Et c’est l’occasion de redécouvrir encore et encore la puissance évocatrice, la pertinence, la richesse poétique, la langue merveilleuse des chansons du plus célèbre des Belges.

Allez écouter Arnaud Askoy, qui vient de mettre au point un spectacle avec sept musiciens qui tournera en Île-de-France à partir de mars 2018 !