06/01/2020
Écriture intrusive
De façon désordonnée, ultra-minoritaire mais néanmoins inquiétante, des médias adoptent subrepticement l’écriture dite inclusive – l’accord de proximité, les mots épicènes ou englobants, et le nec plus ultra, le point médian – et cela sans qu’aucune instance officielle ne l’ait accepté, recommandé ni même toléré (c’est plutôt l’inverse quant aux Services de l’État).
Marianne a ainsi signalé que le site Slate avait d’autorité opté pour ces gadgets bienpensants, sans jamais demander l’avis de ses lecteurs ; ses rédacteurs corrigent d’eux-mêmes les articles de leurs contributeurs, afin de les mettre « à la mode ». Certains d’entre eux prennent maintenant les devants et contournent la récriture autoritaire en ajustant leur texte en amont. « La correction autrefois était une aide, on cherche désormais à la contourner pour continuer à écrire comme on l’entend ». Dire que certains ont prétendu dans le passé que la langue française était fasciste… on croit rêver !
Questions à ces rédacteurs démagogues prompts à adopter les règles les plus saugrenues :
- Sont-ils également les adeptes de la revendication « J’ai le droit » ? Si oui, que font-ils du droit de leurs contributeurs à écrire, non comme bon leur semble, mais comme ils l’ont appris à l’école et conformément aux règles établies ?
- Ont-ils été de ceux qui ont immédiatement adopté la réforme de l’orthographe de 1991, dite Réforme Rocard, approuvée du bout des lèvres mais approuvée par l’Académie française ? Sinon, comment peuvent-ils justifier d’avoir ignoré une démarche nationale largement débattue et de se précipiter dans les bras d’une démarche féministe ultra, quasi individuelle (et soutenue par qui, au fait ?) ?
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27/06/2019
Émerveillements linguistiques : les caractères diacritiques de l'Administration française
Bravo l’Administration et en particulier les services du Ministère de l’Intérieur !
En effet, sur le site qui permet d’apporter son soutien à la proposition de loi de certains Parlementaires sur le statut d’Aéroports de Paris, voici ce qu’on lit :

Contrairement à ce qui se passe dans certains formulaires sur internet et malheureusement sur les sites de certaines banques – même enracinées dans la ruralité… –, on peut saisir les caractères diacritiques de la langue française, en premier lieu desquels : les accents.
Adèle H. et Mme de Clèves ne seront donc pas affublées ni du prénom Adele ni du titre de noblesse Cleves… Ouf !
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20/06/2019
Émerveillements linguistiques : la langue selon François Bizot
François Bizot était au Cambodge en mission d’ethnologie lorsque les Khmers rouges ont imposé leur dictature folle et commencé à martyriser leur peuple dans une paranoïa sans limite. Fait prisonnier, il réussit à établir un dialogue avec son gardien, qui acceptera de le libérer. C’est ce qu’il racontera trente ans plus tard dans « Le portail » (Éditions de la Table ronde, 2000).
En 1988, lors du procès des tortionnaires, il reconnaît son geôlier, Douch ; commence alors pour lui un douloureux processus de réflexion sur la violence, la responsabilité, la culpabilité, la nature profonde de l’homme, qui renvoie entre autres à Hannah Arendt et ce qu’elle a écrit à la suite du procès d’Eichmann. C’est l’objet de son livre de 2011, « Le silence du bourreau » (Flammarion).
François Bizot était allé au Cambodge au début des années 70 pour fuir « le formalisme qui battait alors son plein en France ». Il s’attelle à une tâche dantesque : traduire pour les protéger des manuscrits bouddhistes anciens.
Voici donc ce qu’il écrit de la traduction et de l’importance de la langue : « Traduire, c’est établir des ponts ; c’est projeter une pensée, une langue, hors d’elle-même. C’est contourner son esprit dans une gymnastique extrême, jusqu’à glisser d’une façon de voir à l’autre pour la restituer avec son étrangeté, en veillant à ne rien gommer, à ne pas l’adapter à nos propres images, à créer en soi un espace suffisant pour en accueillir de nouvelles, sans les banaliser, sans en noyer le message spécifique ni les réduire aux limites de notre propre langage, c’est-à-dire du monde dans lequel il nous avait jusque-là été donné de regarder, d’aimer, d’exister.
Une langue se distingue d’une autre par son style, exactement comme un peintre se remarque à sa façon singulière de considérer la nature. Comparer des langages humains, mettre en balance des adéquations, transposer dans un système ce qui se trouve exprimé dans un autre, c’est apprendre à peser des acceptions de termes tirées d’une vision différente de la vie ; la tâche réside dans notre plus ou moins grande disposition à réviser la nôtre. Pour cela, il faut effectuer un saut, et ce saut n’est pas un déplacement, c’est une transformation » (pages 68-69).
Dans « Le portail », voici ce qu’il écrit également page 91 de l’édition « La table ronde » : « J’avais horreur de communiquer en français avec des Khmers : les phrases me semblaient plates, vides de sens, parce que ce ne sont pas seulement les mots qui diffèrent d’une langue à l’autre, ce sont aussi les idées qu’ils traduisent, les façons de penser et de dire. Je ne pouvais rendre dans ma langue ce que j’avais à expliquer à mon bourreau. Les liens qui étaient en train de s’établir entre nous dépendaient totalement de notre capacité à nous comprendre, sur un terrain commun ; et ça ne pouvait se faire que dans sa langue ».
Ce qui prouve bien, entre autres, que les publicitaires qui communiquent – soit disant – avec nous en anglais à longueur d’affiche et de scénettes télévisées n’ont rien d’important à nous dire…


