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17/10/2016

Séjour Jeunes à Val de Seine : corrigé (I)

Dans une revue de comité d’établissement, j’ai été attiré par le compte rendu que faisait un Directeur de Centre de vacances du séjour qu’il avait animé cet été ; le côté « témoignage », à la première personne du singulier, était sympathique, et le style alerte (phrases courtes et signifiantes, introduction qui présente bien le contexte et les valeurs de l’auteur…) ; tout cela semblait bien écrit, j’ai plongé dans les trois pages denses illustrées de photos en couleur.

C’est au troisième alinéa que les choses ont commencé à se gâter…

Enfants à vélo en colo.jpg

« En tant que directeur, on met en place… » : dans la mesure où l’auteur employait le « je » depuis le début, on est surpris par la lourdeur du « on » mais on comprend qu’il s’agit d’une affirmation générale. Et on lit ensuite « qui est un outil de travail qui donne une ligne directrice ». Ce n’est pas incorrect mais c’est lourd.

« Mettre en place un projet pédagogique (…), et il est un peu le reflet du directeur » : cette phrase est maladroite car le sujet de la première proposition est l’infinitif « mettre en place », alors que celui de la seconde est « le projet pédagogique ». C’est donc au mieux une phrase « mal balancée ».

Et soudain, on lit « Sur ce séjour, mes principaux axes de travail… » et on tombe dans le puits sans fond des fautes de français les plus horripilantes (« ce soir je rentre sur Paris », etc.). Celles que dénonçait Jean Dutourd en 1999, parmi d’autres. En poursuivant la lecture, je constaterai que cet emploi de « sur » n’est pas un lapsus ni une liberté passagère mais un vrai tic de langage : « sur chacune des tâches, les enfants sont accompagnés… », « l’arrivée de cet enfant sur le séjour… », « sur un centre, j’ai assisté… », « aucune légitimité sur ce centre », « même si sur un séjour… », « les problématiques sociétales se retrouvent sur un séjour de vacances… », « sur ce séjour.. ; », « sur ce séjour… » ; pas moins de huit occurrences de cette préposition dans un emploi incorrect ! C’est à croire que tous ces gamins et leurs animateurs ne se déplaçaient qu’en hélicoptère !

Autre faute courante, déjà maintes fois signalée ici, la confusion entre le conditionnel présent et l’indicatif futur : « je reprendrais ici, une phrase prononcée par une animatrice… » (je ne commente pas la présence intempestive d’une virgule au beau milieu de la phrase).

« bien qu’il n’y ait rien qui traine… » (acceptons cette absence de l’accent sur le i, qui est sans doute de la négligence ou de l’ignorance mais qui peut passer pour une adhésion à la rectification de l’orthographe de 1991).

« Il existe des cases vides mais aussi des activités de prévues ». C’est du langage courant, familier, voire populaire mais rappelons-nous que Jacques Laurent avait placé cette interrogation sur l’intérêt du « de » par le grammairien Vaugelas, en tête de son pamphlet « Le français en cage ».

« ceux qui s’en sortent plus grandis… » : c’est redondant, il me semble que « plus » est tout à fait inutile et qu’il suffisait d’écrire « qui s’en sortent grandis » ou alors, si l’on veut mettre en avant un comparatif entre les adultes et les enfants, « qui s’en sortent les plus grandis ».

« à l’initiative d’un enfant, est né un atelier lecture » : la virgule est inutile, en revanche un tiret entre « atelier » et « lecture » serait du meilleur effet puisque deux substantifs se suivent. La phrase suivante est encore pire : « un enfant, voulait que l’animatrice… », de même qu’à la page suivante « ces gens-là, ne font que des bêtises ». À ce stade on peut incriminer la revue ou les typographes.

Enfants tir à la corde en colo.jpg

« les enfants se régulaient d’eux même… » : manque un tiret et une « s ».

« force a été constatée qu’aucun enfant… » : cette faute est intéressante car elle illustre une méconnaissance grandissante des idiomatismes, des constructions toutes faites de la langue ; la formule correcte est « force est de constater que… ».

« faut-il rester figer à une heure… » : sans doute une coquille.

« au contraire faire preuve de souplesse de laisser les projets vivre » : là, c’est tout bonnement du style « relâché » ! Comment aurait-on pu formuler l’idée ? Par exemple comme suit : « faire preuve du minimum de souplesse qui permettrait aux projets de vivre… ». Et on peut se poser la question : l’auteur fait-il exprès de parler « peuple » (comme Laurent Fabius dans les années 90 était connu pour n’employer que peu de mots de façon à être compris de tous, une sorte d’anti-Rocard si l’on veut) ou parle-t-il vraiment comme cela (auquel cas il concourt, en tant que rédacteur de textes truffés de fautes, à la dégradation de la langue) ?

(À suivre)