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29/02/2016

Vive la République, vive les Lettres (I)

La République, tout le monde connaît : la Première (1792-1804), la Deuxième (1848-1852), la Troisième (1870-1940), la Quatrième (1944-1958), la Cinquième et actuelle (1958- ).

Les Lettres, tout le monde connaît : Corneille, Chateaubriand, Balzac, Hugo, Zola, Proust et tant d’autres ; la littérature quoi !

République des Lettres.jpgMais la République des Lettres, kézako ? 

Il faut, pour le savoir, se plonger dans le merveilleux dernier livre de Marc Fumaroli « La République des Lettres » (Gallimard, Bibliothèque des Histoires, 2015).

En 459 pages grand format, l’Académicien et ancien professeur au Collège de France, en compilant et révisant des articles qu’il a déjà donnés sur le sujet, nous explique qu’il s’agit d’un réseau de personnes savantes qui ont cultivé, à travers l’Europe, à la fois la connaissance, la recherche et l’amitié, avant la création des Académies officielles, puis en parallèle avec elles. 

Cette République des Lettres, qui s’est dégagée du latin pour s’exprimer progressivement dans les langues romanes, est donc le précurseur, à la fois des Académies (mais sans leur rapport au Pouvoir), des Sociétés savantes, du tourisme culturel, des réseaux de recherche, de l’Europe sans frontière et du travail en réseau.

 

« Dans les trois derniers siècles de l’Ancien Régime, on appelait République des Lettres, cette société qui se cooptait elle-même dans la société et qui réunissait, pour coopérer dans le même usage studieux du loisir, par-delà les professions et les conditions ecclésiastiques et laïques, et même par-delà les frontières et les confessions, par la correspondance et les voyages, tous ceux qui œuvraient pour le bien commun de l’Europe de l’esprit, érudits et savants…

… de leur propre chef, sur leurs propres ressources, ces abeilles collaborant et conversant entre elles, dans le même otium studiosum (NDLR : loisir studieux) infatigable, accumulaient et augmentaient le miel et la cire de la remémoration historique, source vivante et sans cesse renouvelée des lumières du savoir et de la douceur des mœurs civiles.

Le syntagme « République des Lettres » eut un synonyme au XVIIIème siècle : l’Europe littéraire, où l’adjectif « littéraire » embrasse à la fois les belles-lettres et l’ensemble des disciplines érudites et savantes, théologie, droit, histoire, histoire naturelle, philosophie morale et politique, rhétorique et poétique des lettres et des arts, etc.  » 

On l’a vu dans ces quelques lignes, l’écriture de Marc Fumaroli est élégante, harmonieuse, balancée, riche ; c’est un plaisir renouvelé à chaque chapitre de le lire, même si la concaténation des différents articles nuit un peu à l’homogénéité de l’ensemble. 

Nous en verrons d’autres exemples dans de prochains billets, qui éclaireront le concept de République des Lettres. 

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Remarque : « kézako », écriture phonétique de « quèsaco », vient de la locution occitane « Qu’es aquò ? » qui signifie « Qu’est-ce que c’est ? ». Attesté en 1730 (A. Piron) (Source : wiktionary)

11/01/2016

Comment peut-on être français ?

« Il n'y a qu'en France, ou aux États-Unis, que l'on croit que les « valeurs » conditionnent l'existence d'un peuple, alors que la langue, la culture ou la familiarité avec une région sont bien plus importantes.

À cet égard, il est insupportable que nous ayons à subir, à tout propos, le chantage inculte de Manuel Valls et consort sur les « valeurs de la République ».

Qui sont ces gens pour nous dire ce que nous devons être ? Ne savent-t-ils pas que la France a précédé la République et qu'on a été Français avant d'être républicain ? Les plus grands écrivains français, de Balzac à Saint-Exupéry en passant par Baudelaire et Giono, n'étaient pas républicains et leur renommée est néanmoins universelle.

Être Français n'est, ni plus ni moins valeureux qu'être Italien ou Américain, il n'y a pas lieu d'en avoir honte, ni d'en tirer une fierté déplacée. Je suis Français si mes parents le sont ou si je le suis devenu par la naturalisation ou le droit du sol, voilà pour la réalité effective, mais aussi si je me sens lié à ce pays et impliqué par lui, voilà pour la réalité affective. Ce lien peut être très incarné, l'amour des paysages de France ou plus cérébral, l'amour de la langue. Il peut être religieux ou historique. Mais ce qui compte avant tout est d'être concerné.

Or certains sont moins concernés par la France que consternés par ce qu'elle représente à leurs yeux. Ils sont les citoyens d'un pays qu'ils n'aiment plus et que parfois ils abhorrent. Mais après tout, nul n'est obligé d'être Français. Pourquoi ces gens ne renoncent-ils pas à une nationalité qui n'a pas de sens à leurs yeux ? Ce n'est pas que ces gens soient contre la solidarité nationale ; au contraire, ils la réclament à cor et à cri, mais ce cri est utilitaire, voire alimentaire.

Et puis il y a ces hexagonaux qui ne prisent plus un pays indigne d'eux. Eux sont universels ou citoyens du monde. La France est trop limitée pour ces esprits dont la pensée rayonne depuis New York à New Delhi. Mais pourquoi s'en soucient-ils autant alors ? Pourquoi ne renoncent-t-ils pas à vouloir que la France, qui ne les mérite décidément pas, leur ressemble ? Cette morgue étayée depuis tant d'années explique aussi le score massif du FN.

Face à cette situation dramatique les Français doivent renouer un lien affectif avec un pays, la France, qui n'est pas un territoire administratif ou une idéalité abstraite. C'est ce lien sensible qu'il faut assumer, sans chauvinisme ni haine de soi et qui n'implique nullement de tourner le dos à l'Europe ou au vaste monde. « Je ne serais pas plus homme pour être moins français » écrit Malraux.

Non la France n'appartient pas à tout le monde, contrairement à ce que prétend Danielle Mitterrand, mais à ceux qui s'en sentent les responsables parce qu'ils en sont les héritiers ».

C’est l’avis de Paul-François Paoli, chroniqueur littéraire au Figaro et essayiste (Article publié dans le Figaro Vox, le 16 décembre 2015). Son dernier essai « Quand la gauche agonise » paraîtra le 25 janvier 2016 aux Éditions du Rocher.

04/01/2016

"Nous sommes la France" (Natacha Polony) : critique (I)

« Si nous voulons vraiment que ce pays conserve sa dimension de patrie de l’universel, alors retrouvons cette fierté qui permettra à tous les citoyens de cette nation, sans exception, de répondre d’une seule et même voix, lorsqu’on leur demandera : Pourquoi une telle ferveur ?

Parce que nous sommes la France ! » 

Ainsi donc la Belle a publié son nouvel opus, au titre-manifeste : « Nous sommes la France » (Plon).

Contrairement à « Ce pays qu’on abat » (dont j’ai rendu compte largement), ce n’est pas un recueil de chroniques ; c’est une réflexion, un plaidoyer, un cri du cœur :

Réflexion ? c’est quoi cette France ?

Plaidoyer ? il faut transmettre pour la faire aimer !

Cri du cœur ? c’est une question de volonté !

Ce texte-fleuve de 213 pages, sans quasiment de chapitres ni de sous-titres, a été écrit pendant l’été 2015, à Azay-le-Rideau, à Saint Flour, à Calvinet, à Meyrueis, à Rocamadour, à Lacave, à Saint Céré (comme quoi quand on aime les mêmes lieux…) et autres communes de la belle France, avant les attentats de novembre, et terminé « près de la place de la République »… c’est bien le livre de l’année !

Une première conviction : la France, multi-ethnique depuis plus d’un siècle, n’était pas et ne doit pas devenir multi-culturelle. Sa tradition, contrairement au modèle anglo-saxon qui fait cohabiter des communautés, chacune avec sa culture, est de réunir tous ses citoyens autour de valeurs communes – chacun pouvant garder dans son espace privé tout ou partie de sa culture d’origine – et de former ainsi une seule communauté nationale.

Ensuite la France est magnifique ! Nous n’y sommes pour rien, nous autres Français, c’est comme cela ; les 90 millions de touristes qui viennent la voir chaque année ne s’y trompent pas ! Question de géographie, de paysages Cordes sur Ciel.jpgvariés, « de tuiles plates et de tuiles rondes », de climat tempéré aussi… Mais il faut la faire aimer à nos enfants car manifestement les jeunes Français qui ont tiré sur leurs compatriotes de leur âge, en novembre 2015, ne l’aimaient pas.

L’école a un rôle majeur à jouer dans la transmission de notre patrimoine historique et de nos valeurs. Or notre école républicaine est l’une des plus inégalitaires d’Europe ! Foin des activités pour distraire des jeunes qui disent s’ennuyer, foin des projets interdisciplinaires autour de disciplines non maîtrisées, revenons à la transmission des savoirs et à la nécessité de l’effort.

La société de consommation n’aide pas, avec son horizon indépassable de la date des prochains soldes et de la sortie du nouveau téléphone mobile. Proposons des sommets un peu plus exaltants !

Au total, c’est une question de volonté, dit Natacha Polony.

Et moi, je suis bien d’accord.