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13/02/2018

"Conversations entre adultes" (Yanis Varoufakis) : critique III

Dans cette troisième critique du livre de Yanis Varoufakis, « Conversations entre adultes », je veux parler des personnages de la pièce qui s’est jouée en 2015 autour du destin de la Grèce.

Les personnages, aussi étonnant que cela puisse paraître, sont tous des néolibéraux affirmés et implacables, qui agissent à la Commission européenne, à la BCE de Frankfurt et au FMI de Washington. Impossible d’échapper à leur cynisme décomplexé ! Tous affirmés et implacables ? Peut-être pas…

C’est vrai de W. Schaüble, le ministre allemand des Finances (qui vient de perdre sa place suite aux élections perdues par A. Merkel), de M. Draghi, de C. Lagarde, de Dijsselbloem, le Néerlandais ; c’est vrai de la nuée de conseillers qui les entourent et préparent note sur note et étude sur étude pour ne démontrer qu’une seule chose : TINA.

C’est sans doute moins vrai des Français M. Sapin, P. Moscovici et E. Macron ; mais les deux premiers nommés sont dépeints comme des ectoplasmes à double langage, régulièrement ridiculisés et réduits au silence par leurs collègues européens ; le troisième jouit d’un traitement de faveur dans le livre car, apparemment, il a essayé sincèrement d’aider la Grèce et Varoufakis lui-même mais on a vu que, depuis, Varoufakis a critiqué ses premières orientations et dénoncé son impuissance face à l’Allemagne d’A. Merkel.

Le pire, c’est que le ver était dans le fruit car de nombreux collègues-ministres et collaborateurs de Varoufakis étaient en fait acquis au même libéralisme sans frontières, voire étaient des taupes de l’establishment bruxellois à Athènes même. 

Face à cette falaise de néolibéralisme sans concession, Varoufakis avait réuni une équipe-commando en peu de temps et rameuté tout ce qu’il connaissait de personnalités prêtes à l’aider. À la lecture du livre, j’ai été impressionné par ce qu’avait réussi à mettre en place, avec très peu de moyens et d’entregent, ce chercheur universitaire, plus familier des colloques et des débats scientifiques que des bras de fer bruxellois. Là encore le parallèle avec nos vies professionnelles est édifiant ; imaginons-nous bombardé ministre d’État et sorti de l’ombre du jour au lendemain… La constitution des équipes dirigeantes et des équipes ministérielles a toujours quelque chose de fascinant, comme si les promus avaient à leur disposition une liste de gens faisant l’affaire et disponibles sur l’heure. Mais alors là, c’est encore plus fort car le ministre venait de nulle part ou plus exactement d’un autre monde, un monde où tous sont sur le même pied et d’où le management est absent ! Ce côté « extraterrestre » de l’accession de Yanis Varoufakis à un tel poste sera sa force et causera in fine sa perte. Naturellement, il y a eu des ratés, il ne s’en cache pas. Certaines nominations lui ont échappé, certains collaborateurs choisis par lui, souvent sciemment, étaient issus du camp adverse (FMI par exemple). Sa stratégie était d’employer des gens qui « connaissaient la chanson » et « l’envers du décor ». Il en a été sûrement fragilisé. 

Et de l’autre côté, censés soutenir Varoufakis mais en pratique lui intentant des procès en fourberie et lâcheté, il y avait les dirigeants de Syriza, qui voulaient en découdre avec l’Union européenne. Il était pris entre deux feux… 

Yanis Varoufakis, qui avait tenu à être élu avant d’accepter le poste de ministre des Finances, et qui l’avait été triomphalement (le meilleur score de Syriza, sans en être adhérent !), a longtemps compté sur le peuple grec et sur sa propre popularité pour renverser la vapeur. Las, cela n’a pas suffi… 

J’en étais là de mon admiration pour la prouesse de l’ancien chercheur, quand je suis tombé sur un article d’Éric Toussaint (porte-parole du CADTM, membre du Conseil scientifique d’ATTAC France, coordinateur de la Commission pour la vérité sur la dette publique de la Grèce créée par la Présidente du Parlement grec entre avril et octobre 2015), intitulé « Le témoignage de Yanis Varoufakis : accablant pour lui-même ». La thèse de l’article était que Varoufakis s’était condamné lui-même à l’échec, d’une part parce que son « montage politico-économique » ne tenait pas la route et d’autre part à cause de son équipe elle-même, les gens choisis par lui étant tous des tenants plus ou moins discrets de la ligne qu’il combattait pour sauver la Grèce de la « prison pour dettes ». L’article d’Éric Toussaint, très fouillé, s’appuyant sur 24 notes bibliographiques, est bien plus documenté que le mien ; il y passe en revue la biographie professionnelle de tout l’entourage de Varoufakis (A. Papadopoulos, D. Mardas, E. Panaritis, M. Pigasse, J. Galbraith, L. Summers, J. Sachs, W. Buiter, T. Mayer, N. Lamont, S. Sagias) ; évidemment, c’est accablant. De là à considérer que Varoufakis en était conscient et a fait preuve de duplicité, il n’y a qu’un pas !

C'est un pas que, personnellement, je ne franchis pas.

 

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