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08/06/2017

Irritations linguistiques XLIX : Sa Majesté

Il arrive que nos amis américains annexent un mot latin… On avait eu le cas avec le fac simile, abrégé en fax, que la plupart des Français à l’époque (à l’époque où l’appareil concerné trônait dans tous les bureaux) avaient préféré au mot « télécopie » – copie à distance.

Aucune surprise de ce côté-ci de l’Atlantique puisque l’on se rue sur les néologismes de l’Oncle Sam, surtout quand ils sonnent « anglo-saxon » mais aussi quand ils trahissent leur origine « classique ».

Élisabeth II.jpgDernier avatar : les alumni ! Pendant très, très longtemps, les diplômés des Grandes Écoles françaises devenaient après leurs études des « Anciens Élèves », qu’ils adhèrent ou non à l’association éponyme. La plupart se présentaient même simplement comme « diplômé de… » ou « ingénieur de… » (suivi du nom de l’École). Seuls, pratiquement, les diplômés de l’École Polytechnique se baptisaient « Ancien élève de l’École Polytechnique ». Bon, tout cela fonctionnait tranquillement et ne dérangeait personne, d’autant que le vocable « Ancien élève » disait parfaitement ce qu’il voulait dire.

Subitement, et comme une traînée de poudre, les Associations en question – se sont-elles donné le mot ? – ont trouvé urgent et fondamental de rebaptiser leurs diplômés « alumni ». Je situe le basculement vers 2015 – sans en être sûr – et par ailleurs je n’ai aucune idée de la raison de ce changement.

Alumnus en latin, cela signifie « disciple, élève », voire « nourrisson, enfant », et donc non spécialement « ancien élève » ni « ancien enfant »…

Mais bon, les Américains en ont décidé ainsi, tout le monde suit. Très peu des suiveurs sans doute savent que « alumni » est un pluriel et que donc personne ne peut se dire « alumni » !

Il est particulièrement savoureux (et désespérant) que cette conversion à notre langue-matrice se produise au moment où Mme Belkacem – ex-Ministre et donc ex-alumna de M. Hollande – a pratiquement supprimé l’étude du latin au collège (et donc au lycée), pour la remplacer par ses fumeuses études pluridisciplinaires (restons modéré ! Mme Belkacem n’est ni pour ni contre le latin ; elle n’avait sans doute pas d’avis sur la question ; mais elle a officialisé les avis de ses conseillers et de son Administration). 

Reine d'Angleterre.jpgLe 7 juin 2017, vers 6 h 45, j’ai eu une autre occasion de m’esclaffer en écoutant M. Antony Bellanger dans le 5-7 de France Inter. Ce monsieur nous narrait le sombre destin d’un bateau coulé quelque part dans les mers du Sud et dont les parties métalliques sont systématiquement désossées par des ferrailleurs des mers (à but très lucratif). Son reportage a commencé bizarrement par « Elle repose par 36 m de fond… » et tout de suite il a cru bon d’expliquer « car vous le savez sûrement, les navires sont du genre féminin en anglais » ! Oui, vous avez bien lu, M. Bellanger, journaliste, a découvert le genre des mots anglais ! Ne serait-ce pas ça la théorie du genre ?

Et tenez-vous bien, voici l’explication du fait que les navires sont « du genre féminin » : « le navire s’appelle Her Majesty’s Australian Ship Perth » ! Je n’en ai pas cru mes oreilles ! Ce journaliste ne connaîtrait pas le génitif saxon et ne saurait pas qu’en pareil cas Her (« sa ») se rapporte à Majesty et n’a rien à voir avec Ship ! En bref, c’est tout simplement le navire australien de Sa Majesté…

Ça m’a fait penser au regretté John Lennon 

« Her Majesty’s a pretty nice girl

but she doesn't have a lot to say

Her Majesty's a pretty nice girl

but she changes from day to day

I want to tell her that I love her a lot

But I gotta get a bellyful of wine

Her Majesty's a pretty nice girl

Someday I'm going to make her mine, oh yeah

someday I'm going to make her mine ».

Naturellement ici « Her » a le même rôle vis-à-vis de « Majesty » que dans le nom de notre navire mais, en revanche, le « s » de « Majesty » ne désigne pas le génitif mais remplace l’auxiliaire « is ».

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