09/09/2014
Réformes de l'orthographe : chapitre I Principes
J’ai voté pour le quinquennat et j’étais plutôt opposé à la réforme de l’orthographe.
J’ai eu tort.
J’aurais dû voter pour le maintien du septennat et militer pour la loi Rocard de 1990…
Mais, avant de regarder cette dernière réforme, revenons en arrière.
D’abord les dictionnaires : contrairement à une idée reçue, les dictionnaires ne représentent pas une « norme », plus ou moins obligatoire ! Malgré la réputation de lexicographes comme Alain Rey (Le Robert), malgré le prestige du Larousse, les dictionnaires sont des entreprises commerciales qui visent avant tout à refléter la langue de leur époque. Chaque année, ils éliminent un certain nombre de mots qu’ils considèrent comme désuets et, corrélativement, ils introduisent de nouveaux mots, censés être utilisés par nos concitoyens quotidiennement. Les comités éditoriaux de ces dictionnaires censurent peu ou pas du tout ; ils se veulent « miroirs », de sorte que tout un chacun puisse trouver la signification du mot inconnu entendu dans une conversation, dans la rue ou à la télévision. À noter à leur actif : les dictionnaires accentuent les majuscules sans état d’âme et ils incluent les néologismes des commissions de terminologie.
Deuxième institution : les commissions de terminologie. Ce sont des groupes chargés de proposer, dans chaque domaine d’activité (aéronautique, télécoms, informatique, etc.) de nouveaux mots ou de valider des néologismes, essentiellement en réponse à la « franglicisation » galopante de notre époque. Assez mal connues, très peu reprises dans les médias, leurs trouvailles restent souvent dans les arrêtés ministériels mais certaines ont connu de francs succès.
Enfin, l’Académie, décriée, parodiée, ignorée mais l’Académie tout de même ! Les hommes et femmes en habit vert réalisent un travail de fond, de longue haleine, à un train de sénateur, lettre après lettre, dans leur fameuse commission du dictionnaire. Les dictionnaires de l’Académie française paraissent « quand ils sont prêts », c’est dire qu’on les compte sur les doigts de deux mains depuis Richelieu. Ce sont les gardiens du temple.
On pourrait ajouter à cette liste des acteurs, les linguistes et plus particulièrement les spécialistes de la linguistique informatique. En effet, l’informatique donne une puissance inégalée aux recherches sur la langue et permet de simuler, par exemple, l’impact d’un projet de réforme de l’orthographe. M. Roullier, ce professeur d’anglais qui a inventé la morphonétique (en résumé : les mots anglais, contrairement à ce que l’on pense, se prononcent selon leur graphie, sauf exceptions) a travaillé avec « ses petites mains » et disait qu’il ne pouvait pas s’attaquer au problème plus compliqué de l’accent tonique dans la phrase (anglaise) sans l’outil informatique (qu’il ne maîtrisait, hélas, pas). Nous reviendrons sur la linguistique informatique.
Pour conclure ce premier acte d’une série de billets, écrivons noir sur blanc la problématique : sachant qu’une langue vivante, par définition, évolue, faut-il délibérément la modifier ? en particulier, faut-il réformer, de temps à autre, son orthographe ?
Nous verrons qu’il y a déjà eu plusieurs réformes de l’orthographe française. Et le français n’est pas le seul à le faire. L’allemand, après la deuxième guerre mondiale, a abandonné l’écriture gothique, et plus récemment, a légiféré sur un certain nombre de points (par exemple : l’écriture de « ss » et de « ß »).
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