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07/12/2017

Afrique et France : une relation problématique ?

Certains mots font mal, surtout quand ils nous semblent excessifs et que l’on est désemparé face aux maux qu’ils dénoncent.

Ainsi de l’article remarquable – sur le plan formel – que MM. Achille Mbembé et Felwine Sarr ont publié dans « Le Monde » du 27 novembre 2017.

Un peu avant le discours de M. Macron à Ouagadougou, ils raillent d’abord le faste suranné de ces voyages officiels en Afrique, l’obséquiosité des hôtes et des peuples, on pourrait dire : « le cinéma » autour. La critique vise autant les Africains que les chefs d’État français… Et reconnaissons que ce n’est pas mal vu ! 

Mais très vite le ton se fait cinglant : « (…) un chef d’État d’une puissance moyenne réunit une cinquantaine de ses homologues africains et leur administre des leçons de démocratie, de sécurité, de droits humains et de bonne gouvernance, quand il ne les rabroue pas purement et simplement ». L’histoire – même récente – a enregistré, il est vrai, plusieurs expressions de cette pratique arrogante. Mais tout Français sera touché par l’expression « de puissance moyenne » associée à son pays car, un peu comme les Anglais, dont la nation est aussi devenue « de puissance moyenne » après avoir dominé le monde, il garde l’image de la grandeur de son pays, qui ne tient pas à son PIB, même par habitant, mais par ce qu’il a apporté à l’humanité à travers ses écrivains, ses philosophes, ses hommes de science et ses sans-culottes de 89. Son jeune Président actuel en prend en passant pour son grade, à qui l’on reproche d’avoir « la condescendance facile ».

Après cet exorde censé remettre les pendules à l’heure, nos deux intellectuels passent à la thèse de leur article : « la relation avec la France a été et reste problématique pour les Africains » et « la France n’est-elle pas, de tous les États occidentaux, celui dont les interventions dans ses anciennes colonies, multiformes et répétées, prêtent le plus à controverse ? ». N’étant pas un spécialiste de géopolitique, je ne m’aventurerai pas à louer l’exemplarité de nos amis anglais en Irak, en Syrie, en Inde, ni le désintéressement total de nos amis états-uniens en Amérique latine, en Irak et ailleurs, ni la philanthropie œcuménique de nos amis chinois en Afrique même. Non, il semble que la France soit la pire…

Sous couvert de rhétorique (thèse, antithèse, synthèse !), tout y passe : la Françafrique, le Rwanda, la « bande sahélo-saharienne », la puissance « parasitaire », « l’arrogance inconsciente du mépris », le franc CFA, la destruction de l’État libyen, la politique migratoire qui aurait « établi des centres de triage humain à l’intérieur de pays africains », « l’ordre géopolitique sorti tout droit de la colonisation et la place subalterne qu’y occupe l’Afrique », « le soutien forcené qu’apporte le pays des Lumières aux potentats les plus obscurantistes de la région »…

Suit un paragraphe curieux qui reproche, à l’Europe cette fois, « la transformation des États maghrébins en garde-chiourmes de l’Occident », États maghrébins dont on comprend que couverait dans leurs sociétés « un vieux fond négrophobe » et qu’ils « enfermeraient les Négro-Africains dans des camps de fortune » et autres vilenies ; le bouquet, c’est que le journaliste a cru bon de choisir comme titre du paragraphe « Vieux fond négrophobe », laissant penser qu’il s’applique à la France… 

N’est-elle pas excessive cette avalanche de reproches – dont certains sont certes mérités – ?

De ci, de là les auteurs s’interrogent quand même sur la volonté des Africains eux-mêmes de définir leurs intérêts et de les défendre avec détermination « chez eux comme partout ailleurs dans le monde, en France y compris ».

Mais la tonalité générale est d’en revenir sans cesse aux méfaits du colonialisme, de ses dégâts directs et indirects en Afrique. 

(À suivre)

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